Oscar et la dame rose

« Oscar et la dame rose » est le troisième volet du « Cycle de l’invisible » d’Eric Emmanuel Schmitt (dont fait partie « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran »).

La vision proposée d’Oscar et la dame rose du point de vue de l’enfant est beaucoup plus intéressante et plus réaliste que celle du point de vue de la dame rose : car c’est bien malgré lui le héros de l’histoire.

Cette version présentée à la Comédie Bastille par Pierre Matras et mise en scène par Lucie Muratet est bouleversante, criante de vérité.

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Oscar, dix ans, dit « Crâne d’Œuf » (atteint d’une leucémie, la chimio est passée par là…) passe tant bien que mal ses journées à l’hôpital au milieu de ses copains Bacon, Einstein ou Pop Corn et du personnel médical dont le docteur Düsseldorf à l’œil désolé et aux sourcils épais (qu’il avouera à Oscar les coiffer !).
Son état de santé ne s’améliore pas, la chimio n’a rien donné et la greffe de moelle osseuse n’a pas pris : la fatigue est présente, il dort beaucoup.
C’est « Mamie-Rose », visiteuse d’enfants malades à la blouse rose, qui va l’aider à poursuivre son séjour à l’hôpital, à surmonter les épreuves.
Au fil de leurs échanges, elle va lui redonner un peu d’espoir, un peu de vie en lui proposant d’écrire à Dieu chaque jour et chaque jour lui formuler un vœu : histoire d’évacuer l’impossible.
Histoire aussi de lui changer les idées, elle va lui conter son passé de catcheuse, au nom évocateur de l’Etrangleuse du Languedoc, qui va le faire voyager.
Voyant que le quotidien d’Oscar s’assombrissait, elle réussit à venir lui rendre visite douze jours de suite et lui proposa un jeu, prendre dix ans chaque jour de visite et lui raconter sa nouvelle vie : il tombera amoureux, il se mariera…
C’est l’histoire aussi de parents, désarmés, qui malgré leur amour profond pour leur enfant, n’arrivent pas à surmonter l’inévitable et qui le comblent de jouets pour pallier le manque de communication.
Comment regarder son enfant dans les yeux sachant que l’espoir est vain ?
C’est l’histoire aussi de tous ces personnels médicales dévoués, qui ne peuvent rien devant la force dévastatrice de la maladie, qui ne peuvent que l’accepter.

C’est l’histoire d‘Oscar dont la dignité force l’admiration, le respect du haut de ses 10 ans.

Comment ne pas être admiratif devant l’interprétation magistrale de Pierre Matras qui mériterait un Molière.oscar 1
Comme dit l’auteur à juste titre, il ne « joue pas l’enfant, il est l’enfant ».
Troublant de vérité dans ses gestes, quand il fait le timide devant son amour, quand il se drape de sa couverture d’enfant, quand il se met en colère : ses yeux, son regard, sa bouche, sa voix, sa démarche sont ceux d’un enfant.
Tout aussi troublant quand il interprète les autres personnages de l’histoire et comme je l’ai aimé quand il prend la voix de Mamie-Rose.
oscar 3Pierre Matras réussit le tour de force de nous faire sourire, rire en vivant pleinement la vie d’un enfant condamné (un bonheur partagé avec les enfants présents qui riaient de bon cœur). Comment ne pas avoir les poils qui se dressent, les larmes qui coulent devant un comédien qui incarne avec autant de justesse, de sensibilité, l’innocence d’un Oscar.

C’est avec sa complice toulousaine Lucie Muratet que ce spectacle existe. Elle signe une mise en scène délicate, remplie de poésie, d’émotions, juste ce qu’il faut.
Elle a su tirer de Pierre Matras toute sa naïveté, sa sensibilité d’enfant en le faisant évoluer dans une chambre d’hôpital où le mobilier est à son format, rendant encore plus réaliste l’interprétation.
Son idée de la montagne de jouets avec ses peluches démesurées donne une touche de gaîté contrebalançant la violence des propos.
Elle conclue sa belle mise en scène par la voix d’une grand-mère qui nous laissera partir les yeux embués de bonheur d’avoir assisté à un si beau spectacle : tout simplement merci !

« Oscar et la dame rose » : à la Comédie Bastille, les jeudis à 21h, les vendredis à 19h et les samedis et dimanches à 17h, jusqu’au 06 janvier 2019

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