7 morts sur ordonnance

 

« Après 12 hommes en colère », Francis Lombrail renouvelle sa collaboration avec Bruno Wolkowitch dans cette comédie sociétale, cette fois-ci axée sur le harcèlement.

Harcèlement : « Le fait de harceler autrui par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 €.

«7 morts sur ordonnance » d’après le film réalisé par Jacques Rouffio et le scénario original de Georges Conchon dans une adaptation d’Anne Bourgeois et Francis Lombrail est une habile construction des méfaits du harcèlement moral reconnu aujourd’hui comme maladie professionnel.

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L’adaptation est remarquable, car elle se concentre sur la problématique humaine en laissant de côté les lieux. Au théâtre nous sommes dans un huis clos et le très beau travail des lumières de Laurent Béal a permis symboliquement mettre en avant les différents espaces de l’histoire, dans un décor unique de Jean-Michel Adam. Les costumes de Juliette Chanaud aux jolis reflets accentuent ce travail de découpage.
Un décor qui fait penser à l’esthétique romaine, avec son escalier et ses colonnes, réduisant au minimum les accessoires, un lieu aux multiples complots où l’intrigue aurait très bien pu se passer…
Un rythme particulier, non pas de celui d’un long fleuve tranquille, mais celui d’un rouleau compresseur qui inexorablement avance et écrase tout sur son passage, jusqu’à l’issue fatale, sur une musique de François Peyrony qui souligne les étapes clefs de la construction machiavélique de ce puzzle.
Nous assistons à une progression lente de l’action mais fidèle à la montée insidieuse de ce harcèlement, tel que l’on peut le vivre.

L’histoire est respectée, celle d’un patriarche, Antoine Brézé, chef de clinique dans une ville de province, qui fait la pluie et le beau temps, aidé en cela par sa progéniture. Il domine toute la médecine de la ville et du haut de sa clinique, n’accepte pas la concurrence et surtout qu’on lui résiste.IMG_2351
Sa première victime sera le vaniteux docteur Berg, brillant chirurgien dans sa clinique, flambeur invétéré, qui au prise d’une longue lutte intérieure éliminera toute sa famille et se suicidera, pour ensuite quinze années plus tard recommencer le même scénario avec le docteur Losseray à la santé fragile, chirurgien dans l’hôpital public, qui lui aussi éliminera sa femme et se suicidera.

C’est toute la complexité de ce travail de sape qui est mis en évidence par cette adaptation. Les flash-back, comme dans le film, mettent en parallèle la vie de nos deux héros qui nagent au sein de ces bourgeoisies régionales, avec leurs histoires, leurs univers. Ils permettront de poser la réflexion du docteur Losseray, qui marqué par ses deux infarctus, sera déstabilisé dans la marche de sa carrière professionnelle.
Deux générations aux visions de la vie totalement opposées mais qui se rejoindront dans leur déchéance.
Appât de la puissance, du gain, lâcheté, ne pas agir : les mots clés de cette effroyable histoire qui vous glace le sang.
Un jeu mené par ce patriarche Brézé du bout de son téléphone (aujourd’hui nous pourrions le remplacer par les réseaux sociaux), avec une telle violence psychologique qui aura pour néfaste conclusion la mort de 7 personnes, innocentes pour la plupart ; et lui l’œil toujours vaillant, cynique, sera prêt pour une nouvelle aventure…

Anne Bourgeois dans sa mise en scène précise jusqu’aux silences et regards, aux plans séquences courts découpés au scalpel, a su nous captiver, jusqu’au clin d’œil final, dans la montée en puissance de ce harcèlement mené tambour battant par Claude Aufaure, remarquable dans son jeu aux intonations à la fois douces et cruelles.
Valentin de Carbonnières à la jeunesse flamboyante joue avec fougue et passion sa première victime, le docteur Berg.IMG_2350
En parallèle, le meneur de l’intrigue, Bruno Wolkowitch, l’écorché vif au sourire ravageur, à l’œil rassurant, à l’écoute de ses partenaires, celui à qui on ne résiste pas, donne toute l’épaisseur à ce rôle du docteur Losseray, écrasant par sa complexité.
Ce formidable trio est épaulé par le psychiatre Mathy joué par Jean-Philippe Puymartin, avec son jeu toute en nuance, il joue sur les deux tableaux, il sait tout et ne dit rien : ne pas agir est plus sage…
Julie Debazac campe la femme du docteur Losseray toute en finesse, en retenue. Une main plus ou moins de fer dans un gant de velours.
Francis Lombrail joue tout en naturel, simplicité, le commissaire Giret, celui qui distribue les clefs pour permettre au docteur Losseray d’ouvrir les portes et comprendre.
Jean-Philippe Bêche, joue sur le fil du rasoir l’anesthésiste, l’ami de Losseray, le confident, et Bruno Paviot, joue intelligemment le fils du patriarche avec toute la soumission qu’exige le rôle.

L’atmosphère du harcèlement est très bien rendue sans qu’elle soit oppressante.

« 7 morts sur ordonnance » au théâtre Hébertot, du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 15h30

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