Jamais plus

 

« Jamais plus » de et mis en scène par Geoffrey Lopez au théâtre du Roi René est une histoire glaçante sur une jeunesse qui refuse le nazisme comme solution à son avenir.
Un texte qui réunit son auteur et son interprète Antoine Fichaux, tous deux sensibles à cette période et à cette histoire de ces jeunes qui ont osé dire stop, non au nazisme et qui le payèrent de leurs vies.
Cette fiction qui met en scène Frantz Weissenrabe, est basée sur des faits réels dont Geoffrey Lopez s’est inspiré, notamment avec le livre d’Inge Scholl, sœur aînée de Hans Scholl qui faisait partie de ce groupe de trois étudiants guillotinés par le bourreau Johann Reichhart, à la suite d’un procès éclair de seulement trois heures, mené par le juge chéri d’Hitler : Roland Freisler.

IMG_7925Nous sommes en février 1943, fraîchement rasé, Frantz notre héros, apparaît dans le brouillard telle une icône de cette jeunesse arienne, le regard déterminé aux yeux bleus perçants, la silhouette carrée, musclée, la position volontaire, dans les traits d’un Antoine Fichaux confondant de réalisme.
Un brouillard annonciateur de mort comme dans « Nuit et brouillard », la seule façon d’éradiquer ceux qui s’opposent au Reich : « les prisonniers disparaîtront sans laisser de trace… ».3137220854_1_4_vtA0nL7W
Une jeunesse hitlérienne, pour les 14-18 ans, dont l’organisation fut fondée en 1922, mais qui à l’arrivée au pouvoir du parti nazi en 1933 comptait plus de 2 millions de sympathisants, à noter que l’embrigadement était obligatoire dès l’âge de 6 ans. Une jeunesse aveuglée, qui voua une admiration, une obéissance à ce dictateur Adolf Hitler, encadrée par un certain Himmler…

Mais aussi une jeunesse qui se réveilla et qui décida d’arrêter de vénérer ce seul parti nazi accepté, d’être ces bons petits soldats prêts à toutes ces exactions au nom d’une idéologie meurtrière.
IMG_7920Elle ne voulait plus être ce jouet que l’on manipule au gré des folies d’un homme qui avait perdu la raison.
Elle refusait dorénavant l’avenir que ce dictateur avait choisi pour eux : elle refusait de se soumettre, elle résistait.
Et c’est ainsi que quelques étudiants fondèrent le mouvement « La rose blanche » en juin 1942 : un élan d’humanité dans ce chaos orchestré par un fou.

Frantz, du fond de sa cellule, après son arrestation par la gestapo, écrit à sa mère, sans savoir si elle pourra le lire. Il lui raconte dans un premier temps le pourquoi du comment, sa séduction pour le parti nazi, son endoctrinement qui le poussa entre autres à exclure les juifs de l’Allemagne, les responsables de la crise tant martelée par Hitler lors de ses discours.
La violence devenait petit à petit son quotidien et il en prenait plaisir : il faut savoir être fort et ne pas pleurer comme une femme.IMG_7921
Frantz est le représentant type de cette jeunesse qu’Hitler affectionnait et qu’il façonna pour mener à bien son projet de domination de l’Europe.
Et puis dans un deuxième temps tout bascule, lui qui était prêt à tout pour satisfaire son maître, quitte à dénoncer son père qui cachait des juifs, ne supporte pas dans un sursaut de lucidité de le voir arrêté avec une famille juive ; une arrestation avec tant de violence qu’il se réveille, brise ses chaînes, et se met à fréquenter des étudiants de son âge à l’insouciance qui libère ses émotions et rejoint le mouvement « La rose blanche ».
Et c’est lors de la distribution de tracts, lancés dans la cour intérieure de l’université de Munich, qu’ils sont arrêtés tous les trois, interrogés, jugés, condamnés à mort pour haute trahison et exécutés dans la foulée le 22 février 1943, Sophie en premier.

Dans une belle élégance Antoine Fichaux endosse le rôle de ce jeune étudiant avec sobriété. Il incarne avec justesse et émotion les contradictions qui animent l’existence de Frantz. Dans un cri glaçant, il porte haut et clair cet appel qui doit nous faire réfléchir : « Jamais plus ».
Un appel qui de nos jours avec tous ces actes qu’ils soient antisémites ou autres, est malheureusement d’actualité et résonne en nous avec tristesse.

IMG_7922

Dans une ode à la résistance, où le pardon peut trouver sa place, Geoffrey Lopez signe un texte magnifique et une mise en scène qui pointe du doigt tous les dangers que représente une telle société. Les jeux de lumière de Filipe Gomes Almeida, importants dans cette mise en scène, accentuent ce sentiment de malaise qu’il fait naître en nous. Les costumes de Patricia de Fenoyl, notamment avec la vareuse qui transforme notre Frantz en Hitler, donnent une touche réaliste à cette histoire. La musique de Brice Vincent accompagne avec finesse le parcours de Frantz dans ses réflexions.

 

« Ce n’est pas difficile de mourir. Il faut juste se laisser aller. Vivre demande plus d’exigence. »

 

« Jamais plus » au théâtre du Roi René, du jeudi au samedi à 20h et le dimanche à 17h, jusqu’au 14 avril.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close