Feu le père de Monsieur

 

« Feu le père de Monsieur » de Georgette Feydeau au Café de la Gare dans une mise en scène d’Odile Huleux est une version très joyeuse de « Feu la mère de Madame » écrite par son frère jumeau Georges Feydeau !

 

artfeydeauUne excellente idée que cette version inversée de la célèbre pièce de Georges Feydeau où l’humour et le ridicule gardent leurs places de choix.
Tout y est respecté, le texte, les didascalies, les entrées, les sorties, l’accent alsacien de la bonne devenue valet de chambre, seules quelques chansons viennent agrémenter cette variante à la façon Labiche et un décor « descriptif » de Virginie Otte et Philippe Rony avec une porte aux roulettes voyageuses.
Quoi de plus naturel pour un Feydeau admiratif d’un Labiche qui l’encouragea lors de son premier succès « Tailleur pour dames » en 1886.
Ce « Feu la mère de Madame » fut créé en 1908, une petite merveille de scène de ménage pendante à son autre succès « Occupe-toi d’Amélie » créé la même année.

Tout le monde connaît l’histoire, dans cette version, Lucienne partie s’encanailler au bal des Quat’z’Arts, habillée en reine Louise XIV, revient à son domicile éméchée pour retrouver son lit, mais elle a oublié ses clefs et doit réveiller son mari Yvon…s’ensuit alors une scène de ménage des plus connues et des plus drôles.

Lucien devenu Lucienne et Yvonne devenue Yvon inversent les rôles : l’homme devient celui du foyer, occupé aux tâches ménagères, et la femme sort dans les folles nuits parisiennes goûter les plaisirs de la fête en gaspillant l’argent du ménage.

C’est une version déjantée que nous propose Odile Huleux, son approche de l’œuvre de Feydeau est en tous points remarquables. Pas un seul instant dans sa mise en scène très bien rodée, où le rire est omniprésent, nous sommes perturbés par cette permutation ; bien au contraire cette vision tout à fait réaliste est excessivement drôle.
image 2Dans cette transposition, c’est la femme qui prend à bras le corps le rôle comique de la pièce et le pouvoir, quant à l’homme il devient son faire-valoir.
Cette pièce en un acte est tellement bien écrite que l’inversion semble toute naturelle, Feydeau aurait très bien pu écrire ces « deux » pièces.

D’ailleurs la scène où il faut réanimer Yvon avec un tampon d’éther est un petit bijou de fantaisie dotée d’une belle trouvaille de mise en scène, qui fait exploser de rire le public. IMG_3091La messagère maladroite interprétée par Kim Koolenn joue avec une sincérité désarmante son personnage. Elle pétille de malice avec ses yeux qui vous hypnotisent, surtout quand à son tour elle se met à chanter : elle est tout simplement délicieuse.

image 3Pour rester dans la « valetaille » Philippe d’Avilla interprète un valet de chambre aux faux airs d’un Elie Kakou à l’accent alsacien : imaginez ce que cela peut donner : du rire et encore du rire. Du haut de son échelle, il domine la situation et n’est pas en reste des ses pitreries.

IMG_3093Bertrand Skol dans le rôle du mari au foyer, Yvon pour les intimes joue ce soir pour la première fois. Une belle réussite, car il n’est pas facile de s’intégrer dans un groupe soudé qui joue cette comédie depuis de nombreux mois. Notre Yvon est touchant en homme soumis qui néanmoins se rebelle pour exister. Sa chanson d’introduction « Ma femme » adaptée de « Mon homme » de Mistinguett donne le ton à cette farce conjugale.

image 1La star de la soirée sous la plume de Feydeau est Lucienne jouée par Agnès Chamak. Elle rayonne par son humanité, ne cherchant pas à écraser son mari. Elle est touchante dans sa version de « Tu t’laisses aller » de Charles Aznavour en admirant les fesses de son mari.
Elle illustre parfaitement les préjugés ancrés dans nos têtes et remet la position de la femme, de l’homme à sa place.
Un pouvoir qui peut être exercé par les deux parties et non plus uniquement par le sexe dit « fort » comme cela fut le cas à l’époque de Feydeau et encore récemment…
La bêtise n’a pas de frontière, n’a pas de sexe.

 

Un « Feu le père de Monsieur » joyeux, festif qu’il est de bon ton d’aller applaudir.

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« Feu le père de Monsieur » les 10 et 11 juin au Café de la Gare, ensuite en juillet au festival off d’Avignon dans le théâtre des Brunes.

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