Britannicus

 

« Britannicus » de Jean Racine à l’Artistic Théâtre dans une mise en scène de Christine Joly est l’histoire d’un homme devenu empereur à l’état sauvage qui révèle sa vraie nature.

 

afficheDernièrement, dans ce même théâtre Philippe Lebas m’avait impressionné par la précision de son jeu dans « Les Rivaux » en campant un soupirant lâche à ses heures.
Eh bien cela se confirme dans ce Britannicus, qui à lui seul interprète une multitude de personnages, tous plus réalistes les uns que les autres, avec une touche d’humour non dissimulée pour le rôle de Narcisse, ce petit démon qui attise le feu.

Quelle gageure pour ce spectacle qui prend l’allure d’un seul en scène moderne avec une tragédie qui a traversé les siècles en ne prenant aucune ride. Des alexandrins dits à la perfection dans un jeu époustouflant d’un homme complètement investi par ses personnages.
La mise en scène de Christine Joly permet à Philippe Lebas de passer d’un personnage à l’autre dans une fluidité bien étudiée. Présente sur scène comme un souffleur, comme une mère qui surveille le travail de son petit, et qui avec parcimonie, pour une bonne compréhension, souffle le nom d’un personnage incarné pour un temps donné par Philippe Lebas, donne un ressort moderne à ce montage très audacieux de ce Britannicus. Bien loin de la version que j’avais admirée à la Comédie Française, l’année dernière, avec les remarquables Dominique Blanc et Laurent Stocker.

Britannicus 10Néron, l’homme qui cache Britannicus, le « héros » de cette histoire. L’homme qui donne des caresses avant de sortir ses griffes, l’homme assoiffé de pouvoir qui détruit tout sur son passage, éliminant tous les obstacles qui entravent sa montée en puissance vers un pouvoir absolu : un tyran, un despote, un dictateur devenu hélas un modèle pour beaucoup de nos contemporains.
Un homme qui fut heureux au début de son règne, mais qui est passé dans le côté obscur de la force…

Britannicus 1Britannicus c’est 1778 alexandrins, quasiment pour « un seul personnage », pour Philippe Lebas lui-même, exceptées ses interventions dans les vidéos de Bernard Malaterre (son compère dans Les Rivaux, un Faukland au tempérament jaloux). Des vidéos avec un angle de prise de vue qui met en exergue la montée de la folie de cet homme le conduisant vers sa chute : un visage effrayant.
Puis Christine Joly abandonne son fauteuil de touche et s’accapare, avec force et détermination, touchante à souhait, dans le célèbre monologue de l’acte IV, le personnage d’Agrippine, où tout à coup notre Néron redevient un petit enfant soumis à sa mère. Pour une courte durée certes, mais essentielle dans le cheminement de cet homme à l’avenir monstrueux.
Britannicus 7Un Néron qui comme les marées va et vient dans ses décisions, dans ses coups de folie.
Personne ne survivra à ce tsunami, ces déferlantes en une fraction de seconde remodèleront le paysage, un paysage qu’il façonnera avec ses couleurs.

Dans une scénographie en noir et blanc, accompagnée par une musique de Jules Jacquet aux rythmes dissonants, seul un morceau de tissu, aux multiples usages, donnera de la couleur : un rouge annonciateur du sang qui sera versé par vagues successives par un vampire qui se désaltère.
Britannicus, Junie, Narcisse, Burrhus, Agrippine, Albine… personne ne verra plus jamais le soleil se lever sur leurs vies, qui ont croisé malheureusement sa route : peut-on parler de fatalité ?
Des jouets, des poupées sur lesquelles cet homme a tous les pouvoirs : comme pour nos rois qui ont façonné notre histoire : un droit de vie ou de mort !

Britannicus 12

 

Une solitude fascinante de l’acteur jouée dans une performance indéniable de Philippe Lebas. Un plaisir partagé par les spectateurs accrochés à ces alexandrins aux sons parfois si doux mais dont la cruauté nous glace, jusqu’au dénouement fatal : une scène d’une beauté lumineuse.

 

 

 

 

« Britannicus » à l’Artistic Théâtre, le mardi à 20h, les mercredis et jeudis à 19h, le vendredi à 20h30, le samedi à 18h et le dimanche à 16h.

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