En mode projet

 

« En mode projet » un seul en scène complet de Philippe Fertray au théâtre de la Contrescarpe où le comique de l’absurde prend tout son sens.

 

affichePhilippe Fertray propose dans son spectacle un savant dosage de poésie, de jeux de mots relevant d’une folie créatrice sans limites, cadencé par une ponctuation « hein » des plus utiles. Nous nageons dans l’irrationnel avec comme bouée de sauvetage, l’espoir de vivre sa vie dans la joie.

Pour avoir connu dans ma carrière professionnelle le fléau du chômage, je dois dire que Philippe Fertray a touché du doigt plus d’une fois dans ses extravagances, les absurdités du système. Un système qui n’est pas en adéquation avec le monde soi-disant du travail.
Singeant les travers de Pôle Emploi qu’il a rebaptisé « Paul Empoil » vous aurez tout de suite compris où il veut en venir.
Rien ne lui échappe dans cette traversée du désert que ces personnages parcourent pour s’en sortir, d’où le titre : « En mode projet ».004 format web ©

Car il faut en passer par là pour sortir du marasme dans lequel les chômeurs s’enlisent chaque jour, dans un monde du travail pas très réceptif aux excentricités. La norme, rien que la norme, ne pas sortir du cadre.
Et c’est bien là que le bas blesse. Laissons agir notre imagination, nos rêves pour affronter cette plaie : Osons ! Osons !

La chaise du bureau qui bascule en arrière a encore sévi : Albert Carmut, un artiste d’un autre temps, employé modèle, sans doute au bord du burn out pour avoir un peu trop appuyé sur la touche « return » de son ordinateur, et observé les oiseaux depuis sa fenêtre du bureau (un salutaire retour à la réalité), se retrouve, comme dans un rêve, au milieu d’autres personnes pour un stage de motivation à Paul Empoil. Un stage ayant pour but la réinsertion professionnelle, le tout encadré par un animateur au langage très sucré, trop bavard : insupportable à souhait.

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Notre Albert va rencontrer des personnages farfelus, aux vies, aux expériences, qui d’un côté sortent de l’ordinaire, que l’on ne rencontre pas à tous les coins de rue, mais qui a bien y réfléchir, a bien les observer, ne sont pas si loin de la réalité dans leurs expressions. Le maître du langage est passé par là et avec appétit, avec gourmandise, leur a servi des répliques savoureuses.

Se croisent dans ce laboratoire de la création des personnages à la langue bien pendue, exprimant chacun dans son langage, son vocabulaire, son expérience, ses désirs et ses projets dans un mode très particulier.
Dans un décor en forme de forêt, aux arbres secs où les accessoires caractéristiques des individus seront accrochés aux branches, va éclore ici une coiffeuse paysagiste aux allures d’une bimbo très délurée à l’imagination débordante, là un startuper familier du mode projet puisqu’il en est issu, ou encore ce jeune du 9-3 titulaire d’un CAP « herboriste à tendance lymphatique » qui plane abondamment, et pour finir ce petit groupe très attachant nous avons ce jeune qui est passé par le monde télévisuel du télé crochet, la Star Ac de nos jours, laissant derrière elle beaucoup de malheureux. Ils se voyaient déjà en haut de l’affiche en star internationale et ont vite déchanté !

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Un beau couplet, bien campé, sur le monde du marketing qui nous fait acheter n’importe quoi avec cette diatribe sur les différentes baguettes que nous proposent de nos jours les artisans boulangers. Egalement ce délectable couplet sur le monde du réseau sans qui la reprise d’un travail n’est pas possible. Eh bien Osons ! Osons !

Certes je n’ai pas ri aux éclats, mais les petits rires s’échappaient tel un chapelet que l’on égrène et plus le stage avançait plus on se demandait jusqu’où sa folie créatrice oserait aller. De ce point de vue, il ne déçoit pas. Un humour décapant, corrosif, qui ne pourrait pas plaire à tout le monde mais qui a le mérite d’exister et de permettre d’aborder par d’autres portes un fait de société très actuel : le monde du travail et son chômage.

 

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Philippe Fertray est un extraterrestre qui a une présence sur scène indéniable. Dans une sensibilité révélatrice d’un homme rempli d’humanité, il est un agitateur de nos consciences.

 

 

« En mode projet » au théâtre de la Contrescarpe, du mercredi au dimanche à 21h en août et du mardi au samedi à 21h en septembre.

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