7 Juillet 2026
L’autre de et mis en scène par Didier Caron sur la scène du théâtre Le Buffon est une ode à la fraternité.
L’orage bat son plein à Charbonnières-les-Bains, l’abbé Jocelyn posément attablé devant son verre entend tambouriner à sa porte. Telle une tornade le jeune milicien Chaussagne fait son entrée fracassante à la recherche, d’un Juif, d’un youpin. Serait-il caché dans le presbytère ? La milice vient d’arrêter sur dénonciation une mère avec ses deux filles. Ils sont à la recherche du père.
Marceline, sa dame à tout faire, à la personnalité brute de décoffrage, fait son entrée, panier de linge à la main, toute secouée par la nouvelle. Elle ne porte pas dans son cœur les Juifs, on peut même dire qu’elle est hostile à leur présence : pour elle Juif = argent = domine le monde. Quand elle apprend que l’abbé a donné l’hospitalité à ce Juif recherché par la milice, en la personne de Samuel Rosenthal, médecin de son état, son sang ne fait qu’un tour. Elle ne sait pas si elle doit garder le silence ou le dénoncer pour sauver sa peau déjà en danger avec la milice.
Le sujet est grave, prenant, troublant, non sans une pointe d’humour pour détendre l’atmosphère pesante par moments.
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Didier Caron nous montre une autre facette de sa personnalité avec cette création qui explore le territoire de l’intime. Il manie avec brio le regard porté sur soi à travers les autres.
Dans cette période de fin de guerre, où il faut savoir ménager la chèvre et le chou pour rester en vie, les certitudes des uns vacillent quand elles laissent apparaître les zones d’ombre des autres.
D’une simplicité au premier abord, la construction de la pièce excelle dans l’art de faire émerger progressivement les non-dits, laissant se dévoiler petit à petit les frustrations, les blessures et les vérités que chacun tente de masquer : il ne faut surtout pas se fier aux apparences qui se fissurent les unes après les autres.
L’autre prend rapidement tout son sens : « L’autre » n’est pas simplement un personnage de la pièce mais dans son acception, il devient l’élément de base : qui est réellement cet autre que nous croyons connaître ? Quelle image renvoie-t-il de nous-mêmes ? Qu’il soit sur scène ou dans le public.
Didier Caron dans une finesse qui lui est propre, laisse parler sous nos yeux les situations d’elles-mêmes tout en nous faisant confiance dans leur interprétation.
Son écriture est vive, sans larmoiement. Son sens du dialogue est percutant, dans une profondeur qui dépasse le simple divertissement. Il sait manier l’humour lorsque les situations deviennent plus sombres, graves dans leur devenir, le tout sans alourdir le rythme de la représentation.
Chaque révélation qui fait son apparition, palier par palier, dans un échange vivant, naturel, modifie notre perception des personnages. L’émotion côtoie le rire tout en maintenant une tension constante dans la progression dramatique avec ses contradictions et ses faiblesses.
Une proposition où personne n’a totalement raison ni totalement tort. Parler de la foi à cœur ouvert avec ses divergences dans le monde actuel comme le fait Didier Caron dans sa pièce en est l’exemple flagrant : tout ce qui rapproche est bien plus fort que ce qui divise.
Sa mise en scène sensible en est la démonstration, il privilégie l’efficacité et la lisibilité. Elle accompagne les personnages tout en soulignant les tensions qui favorisent l’écoute, éclairée par Denis Schlepp dans une scénographie de Capucine Grou-Radenez et des costumes de Mélisande de Serres.
Marceline sous les traits de Juliette Galoisy est d’une justesse d’interprétation incroyable. Dans le même registre Miguel Vander-Linden dans le rôle du milicien est tout aussi étonnant de sincérité dans son jeu. Christophe Corsand dans le rôle de l’abbé est d’une sobriété de bon aloi, sa parole est précieuse et entendue. Didier Caron donne de l’épaisseur à son rôle du Juif rejeté. Sa lumière intérieure éclaire nos consciences et éveille notre potentiel émotionnel.
« L’autre » sur la scène du théâtre Le Buffon, à 13h00 jusqu’au 25 juillet, relâche les 09 et 16.
Crédit photos : @ Mélissande de Serres
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