6 Juillet 2026
Hitchcock & mary rose de Michael Sadler dans une mise en scène de Christophe Lidon sur la scène du Théâtre des Gémeaux à Avignon est l’histoire d’une frustration sur fond de # MeToo.
Une histoire basée sur des faits réels.
Nous retrouvons à l’heure du petit déjeuner Alfred Hitchcock alias Eric Prat, plus vrai que nature, assis dans son fauteuil club de sa suite du Château Marmont en train de visionner un rush.
En compagnie de sa scénariste JP Allen, sous les traits de Marjorie Frantz, Alfred Hitchcock attend impatiemment l’arrivée de sa muse Tippi Hedren, idéalisée par Mélanie Page, pour lui remettre le scénario du film qu’il tente de monter depuis des décennies : Mary Rose, dans le cadre d’une lecture privée.
Un scénario inspiré de l’histoire fantastique de Mary Rose, par l’auteur de Peter Pan, J.M. Barrie, qui met en lumière les liens profonds entre l’univers intime d’Hitchcock et les thèmes centraux de son œuvre.
Une frustration qui nourrit un dialogue entre ce maître du suspense et cette histoire de disparition très mystérieuse. Rendez-vous compte Mary Rose, est une jeune femme qui disparaît sur une des îles Hébrides avant de réapparaître vingt-cinq années plus tard sans avoir vieilli ni gardé le moindre souvenir de son absence. Une suspension obsessionnelle du temps qui constitue le cœur émotionnel de la pièce originelle.
Un parallèle entre Hitchcock et Barrie peut se glisser dans leurs univers : certains thèmes majeurs parmi lesquels on peut retrouver une disparition inexpliquée, le rapport entre la mémoire et l’oubli, la présence de fantômes comme figure psychologique ou encore l’impossibilité de retenir le temps.
Des thèmes qui annoncent des films comme Vertigo, portant l’imaginaire d’Hitchcock à son paroxysme tout en jouant un état et non une intention.
Pourquoi cette obsession qu’Hitchcock porte à cette histoire ? Serait-ce un artiste hanté par une œuvre impossible ? Plus généralement pourquoi certaines histoires nous poursuivent-elles toute une vie ?
Une pièce qui navigue habilement entre réalité documentaire et imaginaire portée par les superbes vidéos de Léonard qui parfois donnent l’impression que Mary Rose devient le fantôme personnel d’Hitchcock dans une atmosphère de mélancolie, passant an second plan son suspense légendaire.
Ce thème du vieillissement est omniprésent délivrant un spectacle suspendu entre rêve et deuil.
Dans une tension constante, la mise en scène de Christophe Lidon, assisté de Mia Koumpan, utilise habilement, dans un bel équilibre, les jeux de transparence, les projections, et les lumières de Cyril Manetta qui rappellent l’esthétique des films d’Hitchcock pour rendre la complexité du réalisateur. Les musiques de Cyril Giroux intensifient cette atmosphère scénographique passant du bureau feutré d’un studio hollywoodien et l’île mystérieuse de Barrie. Le tout conserve, dans une fluidité remarquable, la dualité entre la réalité et les hallucinations : le deuil d’une œuvre impossible et les obsessions qui consument l’artiste.
Les comédiens d’une grande justesse, nous livrent une partition sans fausse note. Nous sommes suspendus à leurs lèvres. Eric Prat incarne à la perfection le cynisme du maître du suspense à la libido inassouvie. Marjorie Frantz dans un équilibre de funambule est impressionnante d’élégance dans l’art de tenir tête à Hitchcock et Mélanie Page à la fragilité mystérieuse et insaisissable, joue de façon crédible le fantasme de la blonde d’Hitchcock qui la conduira à sa perte.
Une pièce raffinée, intelligente, émouvante pour un hommage réussi au maître du suspense.
« Hitchcock & mary rose » sur la scène du Théâtre des Gémeaux à Avignon, à 16h20 jusqu’au 25 juillet, relâche les 08, 15 et 22.
Crédit photos : @Barbara Buchmann-Cotterot
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