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Au gré de mes sorties retrouvez mes impressions qui je l'espère vous donneront l'envie d'aller au théâtre , voir un ballet, écouter un chanteur, un concert.

Le billet de Bruno

Pour l'éternité

« Pour l’éternité » d’Hélène Berr & Odile Neuburger dans une adaptation de Virginie Bienaimé et une mise en scène d’Eric Bouvron sur la scène du théâtre Le Petit Louvre est une ode à l’amitié et à la vie, face à la barbarie.

 

C’est l’histoire de deux jeunes filles, de confession juive, aux destins mêlés, qui vont nous faire voyager dans leur monde, celui de l’insouciance puis de la gravité.

Deux jeunes filles très enjouées, Hélène et sa meilleure amie Odile, à l’allure de jeunes filles modèles habillées tout en douceur nous accueillent sur scène, elles ont treize ans et la vie devant elles. Nous sommes le 16 juillet 1934 : l’humour, l’esprit et la coquetterie sont leurs seuls soucis au quotidien.

Via une magnifique boîte aux lettres, objet de toutes leurs confidences, elles s’adressent une correspondance fournie témoignage de leur amitié profonde et de leur complicité, fruit de liberté dans une culture partagée à l’aube de leurs vies amoureuses où la jalousie pourrait bien pointer le bout de son nez.

Une correspondance témoin du choc entre l’intime et le tragique qui les lie à jamais : la Shoah. On y découvre Odile dans son combat contre l’adversité : J’ai pris le cafard par la gorge et je l’ai piétiné !

Un voyage d’une délicatesse absolue conçu à partir du journal d’Hélène Berr entre 1942 et 1944, et de sa correspondance avec Odile entre 1934 et 1944. Le voyage d’Hélène et sa tendre amie Odile, deux jeunes femmes foudroyées par l’Histoire.

L’adaptation de Virginie Bienaimé, qui joue avec éclat le rôle d’Hélène, suit une architecture chronologique bien construite. Nous découvrons au début de leur histoire dans un hymne à la vie décomplexé, une jeunesse flamboyante, espiègle, complice dans l’adversité et profondément moderne.
 

Alors que nous nous attachons à leur fraîcheur réconfortante, le basculement déchirant vers l’horreur n’en sera que plus dur. 1942 l’année de tous les dangers : l’Histoire tranche et les sépare. Odile suit sa famille en zone libre. Quant à Hélène elle fait le choix conscient de rester à Paris avec sa famille : rester c’est résister.

Leur correspondance change de ton, du badinage, elle devient un acte de résistance face à la persécution grandissante du nazisme, avec son épisode désastreux, point d’orgue de la barbarie, celui de la rafle du Vel d’Hiv, le tout en conservant leur dignité.

Le judaïsme est une religion, pas une race !

La mise en scène épurée d’Eric Bouvron est lumineuse, sans chichi. Elle laisse place au texte, à ses mots percutants, à la voix et au corps de deux comédiennes habitées par leur histoire. Mise en lumière par Romain Titinsnaider elle laisse place au récit poignant que nous découvrons la gorge serrée au fur et à mesure de l’intensification de l’intrigue, même si nous en connaissons la finalité.

Dans une justesse bouleversante Virginie Bienaimé et Manon Leroy dans le rôle d’Odile, affichent une complicité naturelle. Elles irradient par la vivacité d’esprit et l’intelligence qui caractérisent ces deux personnages.

Un récit d’une élégance rare qui faut absolument aller voir. Il dépasse le simple cadre du devoir de mémoire dans son hommage vivant à l’amitié que ni la distance, ni la barbarie n’ont pu effacer.

 

« Pour l’éternité » sur la scène du théâtre Le Petit Louvre, à 10h, jusqu’au 25 juillet, relâche les 09, 16 et 23.
Crédit photos : @ Eric Bouvron
Vu le 050726

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