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Au gré de mes sorties retrouvez mes impressions qui je l'espère vous donneront l'envie d'aller au théâtre , voir un ballet, écouter un chanteur, un concert.

Le billet de Bruno

L'enfant de verre

« L’enfant de verre » de Léonore Confino et Géraldine Martineau dans une mise en scène d’Alain Batis sur la scène du théâtre Présence Pasteur est une ode à l’enfance brisée.

 

Dans un royaume de la mer du nord, perchée au bord d’une falaise, la famille Kilvik y vit des jours paisibles au cœur de son bijou de verre, taillé comme les mille facettes d’un diamant à la pureté légendaire :  du sol au plafond, en passant par le mobilier et ses accessoires, tout n’est que luxe, calme et volupté, dans un matériau issu d’un sable à l’histoire et la mémoire millénaires.

Nous découvrons ce royaume en pleine effervescence, au bord de la falaise, des habitants dont uniquement le visage est éclairé crient leur désespoir en appelant une certaine Liv. Il tonne, il pleut, le vent souffle, mais leurs cris restent sans réponse…

…Et puis dans un calme d’apparence, enveloppée par un cocktail étourdissant, une fête se prépare, où plus exactement un mariage, chacun y va de son bon mot, chacun se complimente sur sa tenue, chacun bout d’impatience jusqu’à l’issue dont on connaît la finalité.

Entre-temps Hella, dans un aparté solennel, la sœur aînée, la future mariée, confie à la cadette, Liv, sa mésange de verre dont elle ne doit jamais se séparer, même en dormant. Un oiseau à la délicatesse apaisante, qui se transmet de fille en fille depuis des générations le jour de leurs quinze ans.

La fête bat son plein, les convives dansent dans une ivresse jusqu’à l'effondrement. Esther, la mère, y va de son coup de chaud et perd ses moyens : la fête est finie !

Il est temps de se reposer, de reprendre des forces, ses esprits, pour accueillir une nouvelle journée qui se veut prometteuse. Soudain un cri effroyable déchire cette nuit depuis la chambre de Liv. Ô rage, Ô désespoir, la mésange est brisée : quel signe maléfique cela entraîne-t-il ? Quelles vont en être les conséquences ? Comment l’annoncer à Anja, la douce grand-mère ? Pio, le souffleur de verre de ce royaume peut-il la réparer ? En façonner une autre ?

Dans des flash-back étudiés, nous découvrons l’intimité de cette famille où dans des silences institutionnels, des non-dits, la vie se poursuit contre vents et marées et les tensions aussi.

Que s’est-il passé cette nuit, dans la chambre de Liv, où la quiétude de cette famille s’est brisée ?

Une question dont chacun des protagonistes aura à cœur de donner son explication, sa vérité…dors petit oiseau, replie tes ailes

Un huis clos à l’atmosphère glacée dont seule la vérité en sortira indemne, au risque de briser à jamais ce royaume de verre à la lumière incandescente et à la fragilité d’une perversité familiale sans égal, dont le bon sens du souffleur de verre pourrait finalement fissurer leur déni latent.

La mise en scène d’Alain Bates reconstitue magnifiquement l’équilibre poétique de cette fragilité qui rythme cette fable métaphorique. Il y dépose ses grains de sable pour constituer ce verre aussi tranchant que vulnérable, en évitant des emphases inutiles qui alourdiraient le propos : il nous conduit habilement à entendre ce qui ne se dit jamais…

Une pièce bouleversante interprétée magistralement, dans une justesse, par les comédiens de la Compagnie la Mandarine blanche : Sylvia Amato dans le rôle d’Anja, la grand-mère, est mon coup de cœur. Elle apporte dans une grâce coquine une insouciance dans ce huis clos glaçant. Julie Piednoir, la future mariée et Yasmine Haller, Liv, sont les deux sœurs à la complémentarité poignante, déchirante. Delphine Cogniard, Esther, la mère dépassée par son aveuglement et Laurent Desponds, le père qui voit surgir un moment de lucidité entre deux verres, forment un couple aimant.

 Mathieu Saccucci, le futur marié à qui on donnerait le bon dieu sans confession, pourrait rebattre les cartes de ce jeu à la noirceur sous-jacente. Quant à Antony Dany, dans Pio, le rôle du souffleur de verre, il rayonne par son discernement qui fait défaut à cette famille.

Une pièce qui vous bouleverse, qui vous ouvre les yeux sur le monde qui vous entoure et surtout qui vous dit de ne pas les refermer.

« L’enfant de verre » sur la scène du théâtre Présence Pasteur, du 05 au 26 juillet, à 14h20, relâche les mardis. Vu le 110725

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