11 Juillet 2025
« Un soupçon d’amitié » de Philippe Froget dans une mise en scène de Chloé Froget sur la scène du Théâtre Actuel, nous questionne sur le fragile équilibre entre loyauté et suspicion.
Une atmosphère élégante au ton terre de Sienne, de Caroline Lowenbach, nous transporte en Argentine, en décembre 1961, dans l’intérieur d’un jeune couple très glamour, Daniella professeur de danse et Louis diplomate à l’ONU. Le couvert est mis, ils procèdent aux derniers préparatifs avant l’arrivée de leur invité.
Joachim, leur invité, commercial dans les machines agricoles, précédé d’un bouquet de fleurs fait irruption dans ce cocon à la quiétude sécurisante. L’apéritif convivial à la chaleur amicale, paisible, se poursuit par l’annonce de Louis d’une information d’une importance capitale : Adolf Eichmann, le nazi réfugié en Argentine et capturé par le Mossad, vient d’être condamné à mort après un procès qui aura duré huit mois.
Un pas de tango, chorégraphié par Julia Bruel sur une musique de Christophe Charrier, vient compléter cette soirée à l’image de leur amitié : l’Argentine et le tango ne font qu’un !
Un inconnu, Simon, vient frapper à leur porte. Il se présente comme un généalogiste et souhaite s’entretenir avec le couple au sujet de leur ami Joachim, d’origine allemande.
Commence alors un enchaînement de révélations qui vont au fil des jours remettre en question la connaissance de l’autre. La vie est faite de choix : doit-on rester fidèle en amitié quoi qu'il en coûte ? Ou doit-on écouter sa petite voix qui distille en vous un doute qui se pourrait être destructeur, voire légitime ?
Chaque révélation sera l’occasion de faire monter la tension dans ce quatuor de fortune. Qui dit la vérité ? Qui s’épanche en mensonges ? Dans les silences ou les non-dits ? La pluralité des vérités se fait entendre et pointe le bout de son nez.
Mémoire ou oubli, vérité ou fidélité, parole ou amitié, honnêteté ou manipulation : ce soupçon d’amitié s’organise, tout en nuances, comme un face-à-face qui laisse présager une partition dramatique à la fin inéluctable.
Un déploiement d’indices qui a pour but de nous faire douter, où la loyauté est mise à rude épreuve. Une décortication des rapports humains jusqu’à son dénouement où le sacrifice ultime donne ses lettres de noblesse à l’acte.
Il suffit de quelques pas de danse, de tango pour apaiser les tensions palpables, réduire le stress.
De cet inconfort intellectuel qui se déroule sous nos yeux captivés par tant de confessions émotionnelles, nous sommes amenés à nous poser la question : Qu’aurais-je fait à leur place ?
La mise en scène de Chloé Froget, assistée d’Amandine Chatelain, évite tous ces écueils pour se concentrer sur l’Histoire avec un grand H. Elle navigue habilement sur la vague des silences, des regards, des non-dits qui impliquent les personnages dans ce thriller. Tout est fait pour que nous puissions nous identifier aux personnages, rendant ainsi l’énigme policière encore plus prenante, le dénouement encore plus fort. « Toutes ces valeurs et ces failles qui font de chaque humain ce qu’il est. »
Un quatuor émouvant habillé par Christine Vilers et mis en valeur par les lumières de Damien Peray : Ariane Brousse est impressionnante, c’est une équilibriste de l’émotion, elle donne à son rôle de Daniella une fragile assurance qui la rend humaine. Son mari joué par Simon Larvaron lui rend son amour dans un registre d’inconstance, ses doutes le rendent encore plus attachant. Le diable Joachim est entré dans la maison par le truchement de Philipp Weissert, il est énigmatique à souhait et celui qui le fait mettre sur sa réserve est Cyril Romoli, le généalogiste qui met le doigt là où ça fait mal. Celui qui ouvre les yeux aux aveugles.
Une comédie captivante, saluée par une standing ovation, qui fera parler d’elle !
« Un soupçon d’amitié » sur la scène du Théâtre Actuel, du 05 au 26 juillet, à 17h40, relâche les mardis Vu le 110725