11 Septembre 2025
« Didon et Enée » un ballet chorégraphié par Bianca Li sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz dans le cadre du festival Le temps d’aimer la danse, est une ode à l’Amour libérée de ses carcans.
Après une apparition furtive dans le ballet La chambre d’amour chorégraphié par Thierry Malandain le week-end dernier, Didon et Enée reviennent sur scène dans un élan d’humanité sur la musique de l’opéra baroque de Henry Purcell et les voix de Kate Lindsey dans le rôle de Didon, Renato Dolcini dans le rôle d’Enée & la sorcière et Ana Vieira Leite dans celui de Belinda.
Bianca Li, assistée de Glyslein Lefever et Déborah Torres Garguilo, s’est jetée à corps perdu dans sa folie créatrice pour emporter les spectateurs dans ses visions contemporaines d’une œuvre classique où la reine de Carthage Didon se voit conseiller par sa confidente Belinda d’épouser Enée prince de Troie, son amour secret. Mais tiraillée par le respect qu’elle doit à son peuple, elle se fait désirer avant de succomber.
Mais la destinée de ces deux amoureux ne se réalisera pas sans obstacles, la sorcière n’étant jamais très loin…
Le devoir est-il conciliable avec l’amour, la perte ou bien encore avec le sacrifice ?
Bianca Li en a une libre interprétation qui donne un souffle d’aventures des plus poétiques et percutant.
Bianca Li nous offre une très belle scène d’ouverture avec ses danseurs, cinq femmes et cinq hommes, qui dans une rythmique précise à la gestuelle parfaitement coordonnée se prêtent à l’air musicien : on croirait voir jouer devant nous un orchestre.
Puis dans un réveil des lumières, tout un travail d’orfèvre de Pascal Laajili assisté de Jean-Luc Passarelli & Boris Pijetlovis, et des costumes de Laurent Mercier assisté de Gujulia Giusti Muselli, les danseurs s’approprient avec conviction l’espace scénique pour ne jamais le lâcher.
Les voix envoutantes des chanteurs se marient élégamment dans une musique à la gestuelle des danseurs d’une précision horlogère qui dans des interprétations collectives à l’identité individuelle donnent corps à leurs personnages.
L’impulsion de leurs sauts aux portés maîtrisés accompagnée d’un langage des bras prolongés par des mains bavardes donnent un ensemble à la sensualité romantique.
Sur un sol miroir, l’eau, la vague fait son apparition dans un bruitage apaisant, contrepied des folles déclarations de nos deux tourtereaux enrôlés dans des duels tumultueux.
Les danseurs dans une propension à la glisse, évoluent sur scène comme des sirènes joueraient sur l’eau. Leurs glissades mirifiques à la fluidité vertigineuse donnent un nouvel élan à ce ballet où leur temporalité n’a plus de limite : ils voyagent sur scène dans un naturel désarmant, dans des équilibres où les jeux d’ombres donnent de l’éclat à leurs postures.
Le bruit de vagues se conjugue délicieusement avec les pas de deux évocateurs de la passion, l’amour, de la rupture. Les pas de trois ne sont pas reste quant aux ensembles ils donnent toute la dimension de la richesse des attitudes créées par l’esprit bouillonnant de Bianca Li.
Pour réussir un tel pari, il faut des danseurs chevronnés, à l’entente parfaite, qui ne font qu’un sur scène : Martina Consoli, Alizée Duvernois, Coline Fayolle, Meggie Isabet, Melissa Cosseta, Julien Marie-Anne, Quentin Picot, Gaël Rougegrez, Gaétan Vermeulen et Victor Virnot en sont les témoins vivants !
Didon et Enée : un mariage, une fusion, une relecture de Bianca Li qui célèbre dans un lot d’émotions toute la beauté de la danse et de la musique dans une esthétique visuelle captivante.
« Didon et Enée » sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz, dans le cadre du festival Le temps d’aimer la danse.
Crédit photos : @Stéphane Bellocq
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