10 Septembre 2025
« Momentum » un ballet pétillant du London City Ballet dirigé par Christopher Marney sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz dans le cadre du festival Le temps d’aimer la danse est un ballet en quatre temps sur les pointes grisantes de la fragilité d’une première française.
Christopher Marney qui a repris la direction artistique de la compagnie après sa longue absence sur les scènes, et qui fut en son temps un danseur du Malandain ballet Biarritz, peut-être fier ce soir de la prestation de ses danseurs.
En ouverture c’est le ballet Haieff Divertimento chorégraphié par George Balanchine sur une musique d’Alexei Haieff qui nous montre si cela était nécessaire tout son génie dans une démarche novatrice de la danse classique : les pointes se marient idéalement avec l’ampleur du mouvement contemporain.
Dans une approche noir et blanc foisonne une série de pas, de pointes à la fluidité et précision remarquables tout en mettant en exergue un pas de deux où la musique fusionne délicieusement sur les émotions produites par une technique irréprochable. Les solos n’en sont pas moins saisissants, tout comme la dynamique rythmique des danseurs en groupe qui souligne dans une individualité d’interprétation une vision de l’espace chère à George Balanchine.
Son héritage d’une œuvre magistrale par les compagnies actuelles, alliant la tradition et l’innovation, en est le témoin vivant.
Le ballet Concerto Pas de deux chorégraphié par Kenneth MacMillan sur une musique de Dmitri Chostakovitch donne une couleur chaude à cette soirée remplie d’émotions avec son soleil en point d’orgue.
/image%2F7156553%2F20250913%2Fob_a2d0d7_london-city-ballet-concerto-ash.jpg)
Une exploration des relations humaines minutieuses en fait le façonnage gracieux d’une pierre précieuse dont les éclats brillent de mille feux au fur et à mesure de son modelage.
Une harmonie musique – danse qui en fait le soleil de la soirée et dont la fragilité d’exécution révèle un duo pleinement investi dans sa mission de conjuguer le classicisme et la modernité dans une expression émotionnelle nuancée.
Consolations & Liebestraum le ballet chorégraphié par Liam Scarlett sur une musique de Franz Liszt est mon coup de cœur de la soirée.
Un ballet à la profonde délicatesse qui se marie à la perfection sur la musique mélancolique de Frantz Liszt, et qui accentue les émotions que l’on découvre au fur et à mesure de la narration de la relation d’un couple confronté à l’amour qu’il partage dans une vulnérabilité qui rend leur performance d’autant plus touchante.
La technique impeccable, notamment celle des portés où la force s’efface devant la grâce et sa suite de petits pas, liée à l’authenticité d’interprétation des danseurs, sur un fond noir tout comme pour les costumes, donne avec ses effets de lumière un éclat lumineux à ce ballet qui résonne en nous dans une vibration bienfaisante.
Dans un flux et reflux qui conjugue la séparation et la consolation au cœur du thème de l’amour, Liam Scarlett dans l’expression de ses mouvements qui subtilement s’unissent dans une expression mélancolique, traduit un ballet inoubliable.
Pour conclure cette soirée de ballets, Pictures at an Exhibition chorégraphié par Alexei Ratmansky sur une musique de Modeste Moussorgski est un patchwork émotionnel sur la visualisation en toile de fond des tableaux de Wassily Kandinsky où l’explosion des couleurs donne sur scène toute son expression visuelle en mouvements : un ballet riche en joyeusetés inventives à la complexité maîtrisée.
La visualisation de l’évolution constante des tableaux du maître par ses formes et ses couleurs vives est retranscrite subtilement par la conjugaison géométrique des pas, des pointes et des portés des danseurs dans une fusion impressionnante avec la musique : les costumes d’Adeline Andre en sont l’ingénieux prolongement.
Une sorte de cours magistral à la découverte de la résonnance de la visualisation de tableaux présentés par un guide dans une exposition d’un musée ou d’une galerie.
Le classique se mariant à la perfection avec la modernité du contemporain dans une désarticulation primesautière.
Les danseurs Arthur Wille, Simeon Sorange Felicite, Josué Gomez, Samuele Barzaghi, Pilar Ortega, Sahel Flora Pascual, Yuria Isaka, Lydia Rose Hough, Nicholas Vavrečka, Joseph Taylor, Alejandro Virelles, Jimin Kim et Constance Devernay-Laurence qui composent le London City Ballet ont su marquer de leur empreinte cette soirée pour leur première française. Leur générosité d’interprétation avec une technique maîtrisée sur les bouts des doigts et des pointes leur confère une place de choix dans ce festival Le temps d’aimer la danse : un amour de la danse qui porte bien son nom et qui leur va comme un gant.
« Momentum » sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz dans le cadre du festival Le temps d’aimer la danse.
crédit photos @Stéphane Bellocq
Vu le 080925