7 Septembre 2025
« La Chambre d’amour » un ballet chorégraphié par Thierry Malandain dans le cadre du festival « Le temps d’aimer la danse » sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz est l’alpha et l’oméga d’un langage universel et incomparable d’un chorégraphe à l’inspiration créative frénétique qui nous quitte sur la pointe de ses pas…
La chambre d’amour est pour tout basque une légende bien ancrée dans sa mémoire, celle de deux jeunes gens éperdument amoureux qui se laissent surprendre par la marée dans une grotte, refuge de leur amour, et que l’on retrouve sans vie, enlacés à jamais…
Ce ballet marque la fin d’un cycle, celui de Thierry Malandain à la tête du Malandain ballet Biarritz. Il a créé ce ballet le 13 mai 2000 pour rendre hommage à son arrivée dans le pays basque, aidé par le compositeur Peio Çabalette, un pur basque natif d’Iholdy, qui créa à cette occasion la partition symphonique, avec au piano Marina Pacowski (présente ce soir, qui n’avait pas revu le ballet depuis sa création).
Un duo de choc comme toutes ces histoires d’amour, à la destinée brisée, qui vont se succéder sur le plateau, sur la plage semblerait plus judicieux, comme le flux et reflux de ces vagues scélérates qui emportent dans leurs sillons ces corps à l’aventure amoureuse mais tragique.
Quoi de plus naturel que d’ouvrir ce ballet avec la légende d’Adam et Eve interprétée tout en nuances, en fragilité poétique par Hugo Layer et Allegra Vianello.
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Sur une musique à la sonorité contemporaine, métallique, aux notes frappées d’un piano exubérant et au son d’un sifflement de serpent qui annonce la tragédie, mais qui porte en son sein un fébrile espoir, avec l’arrivée de Caïn et Abel, fruits d’un amour contrarié mais limpide. Encore une disparition frappante d’un amour fraternel incompris : Guillaume Lillo et Julen Rodriguez Flores, tels des frères siamois, tellement leur ressemblance nous interpelle, explosent sur scène dans une communion hallucinante de noblesse d’âmes.
Une jalousie qui mène à l‘issue fatale tout comme celle d’Othello pour Desdémone. Un cri déchirant dans cette torpeur de l’amour où la confession ne suffira pas à éteindre le crime passionnel supplanté par le traître lago. Un trio en harmonie déchirante où la passion effleure le visage de ses interprètes habités par leurs rôles : Michaël Conte, Claire Lonchampt et Léo Wanner glissent subtilement et généreusement dans leurs pas fiévreux.
Une complainte qui en appelle une autre, celle du mythique parmi les mythiques couples, celui de Roméo et Juliette. Noé Ballot et Patricia Velázquez forment ce couple légendaire qui sur un souffle efface la haine qui les entoure mais qui succombera à la bêtise humaine. Leur union enchanteresse à l’étreinte fragile donne énormément d’émotions dans ce ballet de La chambre d’amour.
Une autre séparation à l’issue fatale vient apporter une nouvelle vague à cet océan déchaîné par les passions contrariées, celle de Didon et Enée, dont leur amour ne survivra pas à la vague qui les séparera éternellement. Dans un ardent flux et reflux Irma Hoffren et Raphaël Canet s’offrent une page d’histoire déchirante martelée par le bruit des vagues.
Une vague qui engloutira à son tour dans les tréfonds de l’amour Eurydice. Orphée aura beau combattre les vagues infernales, rien n’y fera. Laurine Viel et Loan Frantz dans un voyage poétique transcendent cet amour impossible, leur communion, leur fusion dans ce chant tragique nous donne le frisson.
Tel l’alpha et l’oméga de cette chambre d’amour, Hugo Layer et Allegra Vianello, ces deux amants de la grotte transposés ici en Ura et Ederra, l’eau et la beauté en basque, dans un pas de deux ardent mais déchirant, nous disent adieu sur la vague de l’amour, dont le feu ne s’éteindra jamais.
Que d’émotions avec ces couples dont les histoires d’amour seront exaltées, égrenées par le cadencement des gouttes d’eau sorti lyriquement des notes du piano, dans des scènes de rupture à la géométrie parfaitement maîtrisée par le renforcement du corps de ballet composé par Julie Bruneau, Giuditta Banchetti, Elisabeth Callebaut, Clémence Chevillotte, Timothée Mahut, Neil Ronsin, Alejandro Sánchez Bretones, Yui Uwaha, Chelsey Van Belle.
Un ballet qui réunit 22 danseurs d’exception, à la folie amoureuse palpable, qui nous déverse dans ses mouvements cycliques un voyage entre le paradis qui les rend heureux et la terre où la souffrance les conduit à la mort. Un voyage qui dans son parcours détruit l’amour.
Thierry Malandain nous avait habitués à ses ballets au style néoclassique, mais ce soir, dans un éclat plutôt contemporain, où encore une fois la musique et la danse ne font qu’un, il nous emporte dans sa folie créatrice d’une « jeunesse » qui a extrêmement bien voyagé dans le temps.
Les costumes et décor de Jorge Gallardo, fidèle parmi les fidèles, à la sobriété voulue donnent de l’éclat à ce ballet porteur d’espoirs, enveloppé par les lumières inachevées de François Menou.
Merci mille fois à Thierry Malandain de nous faire rêver, de nous permettre de voyager dans tous ses ballets à la beauté éthérée qui ont marqué l’histoire du Pays basque, mais qui ont une reconnaissance internationale sans pareil : à bientôt dans d’autres aventures…
« La chambre d’amour » sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz dans le cadre du festival Le temps d’aimer la danse.
Prochaines représentations les 27 et 29 décembre à 20h30 et le 28 décembre à 17h00 et 20h30 sur la scène du théâtre La gare du midi.
Crédit photos @ Julien Palus @Stéphane Bellocq @Olivier Houeix
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