8 Juillet 2026
« Dans l’ombre de Jorge Donn » une comédie d’Aliocha Itovich et Elodie Menant en collaboration avec Julia Dorval et dans une mise en scène d’Aliocha Itovich sur la scène du théâtre La Factory est une ode à la lumière, à la vie.
Daniel, de son métier peintre intérimaire en bâtiment, finalise, à ses heures perdues, pour l’association de son épouse Florence qui gère un foyer pour enfants, la mise au point d’un dispositif pour un tour de magie, quand sa radio change subitement de programme en diffusant le Boléro de Ravel.
Du plus profond de sa mémoire, le passé resurgit, tel un éclair, tel le phénix des hôtes de ces bois, en la personne de Jorge Donn, tout simplement son oncle : un héritage hors du commun.
Quelques frictions et tensions, occupent le couple en mal d’enfant, surtout quand Florence n’a pas coupé le cordon avec son père quelque peu intrusif.
La rencontre fortuite avec Anna, une vraie pile électrique, une mitraillette à la place de la parole et membre de l’association de sa femme, va profondément bouleverser la vie de Daniel. Devrait-il s’autoriser à rechausser ses chaussons de danse ?
Ce dernier neveu de Jorge Donn, le danseur légendaire et muse de Maurice Béjart pendant des décennies, l’interprète inoubliable du Boléro de Maurice Ravel, s’est éloigné du monde artistique depuis l’enfance sous prétexte qu’il y a rarement deux génies dans une même famille, et voit ses vieux démons ressurgir.
A plus de quarante ans, a-t-il encore le droit de poursuivre ses rêves d’enfant ?
Peut-on s’autoriser à rêver, à briller, lorsqu’on a grandi dans l’ombre d’un géant ? De Jorge Donn ?
C’est la question lumineuse que posent nos auteurs dans cette pépite de théâtre qui bouscule le cœur et l’esprit.
Une violente scène de ménage refroidira pour un temps les ardeurs de Daniel, d’autant plus qu’une certaine jalousie se construit entre Florence et Anna, qui lui prête main forte pour répéter une chorégraphie qui devrait être exécutée à l’occasion d’une soirée de gala en faveur des enfants du foyer.
Dans une écriture à fleur de peau, les dialogues sont d’une justesse oscillant entre l’humour quotidien et la poésie pure. La mise en scène d’Aliocha Itovich, agrémentée de la collaboration artistique de Pascal Faber, est d’une fluidité remarquable, passant du geste à la parole dans des chorégraphies signées Olivier Benard, éclairées dans des clairs-obscurs d’Antonio de Carvalho.
On passe des coulisses sombres de la vie ordinaire aux projecteurs de l’imaginaire avec une aisance limpide, laissant la mère de Daniel s’immiscer dans les méandres de sa mémoire.
Aliocha Itovich incarne Daniel avec une sincérité désarmante. Dans un premier temps, son pas lourd et ancré dans le sol de l’artisanat, se déploie peu à peu sous nos yeux captivés par tant d’élégance.
Un besoin animal s’empare de tout son être pour exploser dans le bonheur sur les intenses musiques de Stéphane Corbin. A ses côtés Hélène Degy dans le rôle de son épouse Florence est le roc du couple ancré dans la réalité mais touchante de fragilité. Vanessa Cailhol quant à elle, injecte une dose d’énergie vibrante et un vent de liberté indispensable qui font basculer le récit.
Dans l’ombre de Jorge Donn est un hommage au mythique interprète du Boléro de Ravel, qui prouve qu’il n’est jamais trop tard pour devenir ce que l’on aurait dû être.
« Dans l’ombre de Jorge Donn », sur la scène du théâtre La Factory, à 16h40, jusqu’au 25 juillet, relâche les jeudis.
Crédit photos : @ Benoit Maréchal
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