8 Juillet 2026
« Ubu Roi » d’Alfred Jarry dans une libre adaptation et une mise en scène de Jean-Marie Galey sur la scène du Théâtre du Chêne Noir est ressuscité d’entre les morts !
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Une vidéo d’archive sur Burger King nous plonge dans les années 50, avant l’arrivée du Père et de la Mère Ubu sur leurs trônes quelque peu singuliers, déclenchant ainsi un appétit mal contrôlé du Père Ubu.
Une pièce qui n’a pas pris une ride, actualisée à la sauce du XXIe siècle, avec des vidéos à l’emporte-pièce bien choisies par Muriel Habrard, qui font la part belle aux fake news, tout en ayant une prise directe avec le flux incessant de l’info. Au risque de nous saouler : trop d’info tue l’info !
Provocation, absurdité, satire et parodie sont toujours d’actualité au point d’indisposer les oreilles chastes de certains spectateurs ne connaissant pas l’univers d’Alfred Jarry.
Sur un ton journalistique, très rythmé dans son analyse, le Pre Ubu a toujours comme projet d’assassiner le roi Venceslas de Pologne afin de prendre le pouvoir, aidé en cela par le capitaine Bordure, marqué à la culotte par la Mère Ubu qui voit se profiler à l’horizon une richesse inespérée.
Deux écueils pourraient bien contrarier son projet : celui du fils de Venceslas décidé à venger son père et la Mère Ubu bien résolue quant à elle à le dépouiller de son argent.
Le fameux « Merdre ! » qui défraya la chronique en son temps fait toujours autant fureur. Dans cette farce absurde, cruelle et scatologique, où rien ne nous sera épargné, le texte fait encore son petit effet sur les âmes sensibles.
La casquette rouge à la Made America Great again de Trump troque la fameuse Chandelle verte pour engendrer l’allégorie ultime du populisme moderne d’un Ubu vivifié. Jean-Marie Galey dans son adaptation relève le défi haut la main dans une note d’audace jubilatoire.
Une Pologne dans cette version que l’on pourrait qualifier de « nulle part et partout » tant le miroir grossissant de notre époque perturbée se prête au jeu.
Une bouffonnerie à la Ubu pour un grand show universel et anxiogène. Une danse macabre qui au-delà du rire nous glace le sang dans cette version évoquant les tragédies bien réelles que nous vivons, réactualisées sans cesse…
Des comédiens pleinement investis dans leur mission, sans retenue dans l’esthétique, du burlesque et de la farce politique. Jean-Marie Galey, en père dictateur, conjugue bien la lâcheté avec un certain sadisme en magnifiant sa méchanceté et ses pulsions les plus basses. Teresa Ovidio à l’accent rocailleux et à l’énergie féroce tient tête à son mari de dictateur tout en le manipulant au risque de recevoir un retour de bâton colérique.
Pour évoluer dans ce monde du Père Ubu revisité à la sauce du XXIe siècle il faut avoir une certaine condition physique que Jules Fabre, Mati Galey, Valentine Galey et Miglen Mirtchev déploient dans une agilité certaine.
Un Ubu Roi moderne qui prouve que le texte d’Alfred Jarry n’a pas pris une ride. Un sens du burlesque très développé, renforcé par l’utilisation de vidéos annonçant une saturation médiatique. Jean-Marie Galey montre au grand jour ce que l’être humain cache d’inavouable dans la folie de notre monde.
« Ubu Roi » sur la scène du Théâtre du Chêne Noir, à 14h15, jusqu’au 25 juillet, relâche les lundis.
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