5 Juillet 2026
« Les fanfarons » sur une idée originale de Bérangère Gallot, écrite et mis en scène par Bérangère Gallot, Estelle Kitzis et Lauriane Lacaze, sur la scène du Théâtre Actuel où quand la musique adoucit les mœurs.
Nous assistons à la confrontation entre deux mondes, celui de l’école Polytechnique, l’élite de la formation des ingénieurs, représentée par Jean en apprenti-éducateur et celui des Apprentis d’Auteuil en décrochage scolaire, de la vie tout simplement par Alexandra, Inès, Kévin et Anthony.
Jean qui se destinait à un brillant avenir se réjouissait d’effectuer son stage de première année dans le secteur militaire, chez les pompiers plus précisément. Une entorse au genou aura eu raison de son ambition. Il effectuera son stage dans le civil et deviendra responsable d’un groupe de quatre adolescents : le choc des cultures est immense !
Adieu à sa devise qu’il chérissait : Pour la patrie, les Sciences et la Gloire. La réalité du terrain est tout autre et il faudra faire preuve de patience pour apprivoiser ces énergumènes comme en son temps le renard le fit avec le Petit Prince.
/image%2F7156553%2F20260705%2Fob_332990_018-format-web.jpg)
Au-delà de la fanfare, ce sont quatre apprentis que l’on pourrait qualifier de fanfarons, de ceux qui parlent fort pour masquer leur vide sidéral et s’inventer des vies sur les réseaux sociaux, tout en s’autoproclamant experts. Nos autrices nous plongent dans un monde surréaliste où tout les sépare : le milieu social, l’éducation et surtout le langage : attention à vos oreilles, âmes sensibles s’abstenir…
Au milieu de ce groupe infernal papillonne Bruno, l’éducateur sous la coupe de la dirlo qu’il surnomme Madame Thatcher, tout un programme !
Il conseille Jean dans son approche maladroite de ces jeunes apprentis à la vitalité effrayante, explosive, et surexcités comme il se doit, sans tomber dans l’exagération d’un dresseur en mal de cirque.
/image%2F7156553%2F20260705%2Fob_5f672a_015-format-web.jpg)
Dans un sens du timing comique efficace, les répliques des dialogues ciselés fusent pour déclencher les rires en cascade : nos autrices ont fait mouche tout en évitant le piège de la moquerie gratuite.
Entre les situations absurdes, un ancrage au langage très fleuri, les névroses sous-jacentes, et l’obsession de la mise en scène de soi, la tendresse n’est jamais très loin pour ces jeunes en perdition. Anthony en est le témoin.
/image%2F7156553%2F20260705%2Fob_00d559_058-format-web.jpg)
Ce qui est flagrant c’est de voir le plaisir que ces jeunes ont de jouer dans une communion communicative. Les ruptures de jeu dans leurs expressions témoignent d’une grande maîtrise. Leur naïveté touchante balance avec la férocité de certaines scènes, maintenant le spectateur dans un état de surprise constant tout en leur conférant un capital sympathie immédiat.
Comment sortir de cette ornière si ce n’est en formant une fanfare, au nom singulier de Les moustachus, pour fédérer l’ensemble du groupe…la musique adoucit les mœurs dit-on… De péripéties en péripéties nos jeunes apprentis vont révéler leurs talents pour la satisfaction d’un Jean et d’un Bruno ébahis par tant de virtuosité.
/image%2F7156553%2F20260705%2Fob_c16fa3_074-format-web.jpg)
La dimension musicale conçue par Laurent Labruyère accentue cette démarche, transformant la scène en un véritable ring, tout en étant soulignée par la scénographie et les lumières de Seymour Laval. Isabelle Deffin avec ses costumes donne une touche exotique au projet.
Nos héros de la soirée, Fabrice de la Villehervé, Jonas Thierry, Pablo Carolini, Leïlie L’Henoret, Juliette Lavigne et Damien Bellard sont dignes d’une interprétation sans faille, rendant le spectacle jubilatoire.
On croit pouvoir rire des autres mais en réalité on sort de la représentation en riant un peu de soi-même. Elle nous procure une bouffée d’air frais salvatrice.
« Les fanfarons » sur la scène du Théâtre Actuel, à 17h40 jusqu’au 25 juillet, relâche les 08, 15 et 22.
Crédit photos : @ Fabienne Rappeneau
Vus le 050726