9 Juillet 2026
« L’affaire Petiot » de Philippe Touzet dans une mise en scène de Charlotte Matzneff sur la scène du Théâtre Actuel est une formidable histoire humaine.
Paris, 1944 : c’est la fête au commissariat, tout le monde boit et chante pour le départ d’un collègue lorsque le téléphone sonne plusieurs fois de suite pour signaler un feu important dans un hôtel particulier rue Le Sueur, accompagné d’une odeur pestilentielle. Le brigadier qui répond, quelque peu éméché, renvoie, dans un chapelet de bons mots, les personnes vers les pompiers, sans se douter qu’il est le premier témoin malheureux d’une affaire qui va défrayer la chronique.
Le point de départ de la traque de l’un des plus insaisissables tueurs en série de l’histoire de France : le docteur Marcel Petiot.
Ce que vont découvrir le commissaire Massu et son jeune adjoint, l’inspecteur Borona, dépasse l’entendement : une chaudière qui fonctionne à plein régime, des restes humains calcinés, des valises empilées et une machine de mort à l’ingéniosité diabolique.
Un tandem interprété à la perfection par Romain Lagarde impérial en commissaire bourru. Un vieux briscard, qui plus est flic légendaire, qui apprend les ficelles du métier à son novice sous les traits de Balthazar Gouzou à la justesse de jeu stupéfiante.
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Une enquête qui repose sur la confrontation des générations : le duo choc du flic et du novice, moteur du récit.
Nous plongeons dans un thriller historique glaçant comme nous pourrions le faire dans un roman de Georges Simenon, qui dit-on se serait inspiré du commissaire Massu pour créer son commissaire Maigret.
Les répliques fusent, acérées, grinçantes, parfois dans une ironie salvatrice. Une comédie qui réussit un équilibre entre l’horreur des crimes et un humour très noir qui désamorce le morbide sans jamais le sous-estimer.
Des intermèdes musicaux de Mehdi Bourayou, interprétés en direct par Bruno Gare, viennent ponctuer l’atmosphère parfois pesante mais aussi badine avec entre autres les interventions cocasses de Karine Lyachenko en concierge d’immeuble, femme fatale ou encore en Madame Petiot : elle vaut le détour !
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Au-delà de cette traque policière, L’affaire Petiot brosse le portrait d’une époque malade. On peut se poser la question de savoir si Petiot aurait pu naviguer comme il l’a fait dans une telle impunité sans profiter du climat épouvantable de la délation imposée par la Gestapo et l’Occupation. Le commissaire Massu en fera d’ailleurs les frais, en étant lui-même incarcéré pour faits de collaboration, pendant huit mois avant d’être blanchi.
La scénographie d’Antoine Milian ressemble étrangement à l’immeuble de Petiot, elle joue sur les ombres et les structures mobiles qui auront un rôle primordial dans la scène hallucinante du cauchemar du commissaire Massu. Les lumières de Moïse Hill renforcent ce sentiment inquiétant où le danger rôde à chaque coin de la rue. Les costumes très soignés de Corinne Rossi apportent de l’authenticité à cette affaire.
Le tour de force de la mise en scène élégante, au cordeau, de Charlotte Matzneff est de privilégier le suspense psychologique à l’horreur visuelle tout en se concentrant sur l’enquête policière, laissant le spectre du Docteur Petiot dans le mystère de son analyse à qui veut l’étudier.
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Une mise en scène de suggestion qui évite le sensationnalisme et le sanguinolent, créant une atmosphère oppressante voire désespérée.
Jérôme Cachon et Pierre Benoist complètent intelligemment la distribution de cette troupe à la précision de jeu chirurgicale et à la complicité dramatique indéniable.
Un voyage au bout de la nuit de l’âme humaine dont on sort le cœur haletant pour ce petit bijou de thriller théâtral à l’efficacité redoutable.
« L’affaire Petiot » sur la scène du Théâtre Actuel par Le Grenier de Babouchka, à 15h40, jusqu’au 25 juillet, relâche les 08, 15 et 22.
Crédit photos : @ Frédérique Toulet
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