Le cas Eduard Einstein

 

 

« Le cas Eduard Einstein » de Laurent Seksik mis en scène par Stéphanie Fagadau à la Comédie des Champs-Elysées porte bien son nom  car Hugo Becker en est l’élément principal de cette réflexion sur les liens familiaux et la maladie : ce bouleversant drame personnel.

 

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Sur plusieurs décennies nous allons suivre le parcours du fils méconnu du célèbre physicien théoricien Albert Einstein, sous les traits de Michel Jonasz métamorphosé.
Un fils diagnostiqué schizophrène qui finira sa vie dans un asile comme jardinier et qui depuis le jour de son internement ne reverra plus jamais son père.
Un déchirement qui le laissera orphelin de père et de mère, seul son frère lui survivra sans pour autant le voir.

Déjà marqués par la perte de leur sœur qu’ils n’auront pas connue, les deux frères Hans Albert et Eduard seront encore malmenés par le divorce de leurs parents. Eduard n’aura que quatre ans lors de leur séparation.
C’est leur mère qui prendra soin d’eux lors du départ de leur père pour Berlin. Ils iront s’installer à Zurich, bien leur en a pris quand on connait la suite des événements…
Aucun contact ne sera plus établi pendant l’éloignement du père à Berlin.
IMG_2378Tout aurait pu aller pour le mieux pour Eduard qui était un bon élève et doué pour la musique et la poésie, il se découvre une passion pour Sigmund Freud et se voit déjà psychiatre mais c’est sans compter sur son père qui considère Freud comme un charlatan et qui refuse catégoriquement que son fils s’engage sur cette voie.
C’est alors qu’Eduard sombre dans une profonde dépression : la pièce commence au moment de son internement. Son père se dédouanant en invoquant des racines de cette maladie du côté de sa femme.
S’en suivra des traitements de chocs qui ne laisseront pas indemne ce pauvre Eduard qui de bonne intelligence, de bonne érudition, déclinera petit peu à petit peu pour devenir un pantin vivant avec des percées, des lumières qui le rendront attachant.

IMG_2381Laurent Seksik a réalisé un remarquable travail d’historien et nous conte cette vie dans le détail depuis les années trente, la montée du nazisme, Hitler, la libération, en passant par le maccarthysme avec le départ du père pour les Etats-Unis qui fera l’objet d’une étroite surveillance. Un McCarthy, associé au FBI, qui donnera du fil à retordre à Albert Einstein et inversement, le défenseur de la cause humaine contre la bêtise tout aussi humaine : seulement voilà n’est pas Albert Einstein qui veut.

Hugo Becker ne crève pas l’écran mais la scène, on ne voit que lui. Dans un geste, une intonation, il est époustouflant de naturel, de justesse dans le rôle de ce fils Eduard. Toutes les émotions passent dans son jeu qui nous lie à ce fils que l’on a envie de secourir tant nous le sentons abandonné ; même si sa mère très présente essaye de lui donner confiance en lui, de lui faire naître un espoir. Mais en vain, il n’arrivera pas à combler le vide de l’absence de son père, indispensable à la construction de sa vie d’homme, comme pour tout enfant.
Ses parents, à la scène, Michel Jonasz et Josiane Stoléru ne peuvent pas rivaliser devant tant de présence. Je les ai d’ailleurs sentis, ce soir là, un peu effacés, laissant leurs messages passer à côté.
Nous suivrons Eduard pas à pas dans cette clinique avec à ses côtés dans le rôle du surveillant Pierre Bénézit. Un rôle qui lui sert de faire valoir mais qui est joué tout en finesse, à son écoute.  IMG_2377
Dans la seconde partie de la pièce, au moment où nous retrouverons Albert Einstein aux Etats-Unis, nous aurons un peu de fraîcheur, de soleil qui viendront éclaircir cette atmosphère pesante tel le pétillement de bulles de champagne, avec dans le rôle de la secrétaire, la délicieuse Amélie Manet.
Et pour clore cette distribution, nous aurons dans le rôle de l’agent du FBI venu malmener Albert Einstein, Jean-Baptiste Marcenac, sans doute un peu trop dans la caricature au début de son apparition mais beaucoup plus naturel quand les nuages s’estomperont et qu’il s’intéressera d’avantage à la secrétaire.

 

Dans un décor en mouvement d’Antoine Malaquias, avec pour toile de fond un bel arbre qui se découvrira au fur et à mesure de la montée de l’intrigue ; un arbre signe de vie, de voyage vers la liberté, Stéphanie Fagadau signe une mise en scène sobre, fluide au service d’Eduard.IMG_2285
Une mention spéciale pour la musique de Romain Trouillet qui m’a fait littéralement voyager lors des changements de tableaux ; tel un oiseau s’élevant vers la liberté, échappant aux tourments, aux pensées douloureuses de ce pauvre Eduard.

 

 

« Le cas Eduard Einstein » à la Comédie des Champs-Elysées, du mardi au samedi à 20h30 et le dimanche à 16h.

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