23 Mai 2026
« La vérité », une comédie de Florian Zeller mise en scène par Ladislas Chollat sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz, une programmation Entractes Organisations, est un jeu de piste très complexe entre mensonges et vérités : la vie est faite de choix !
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Vincent, Alice, Sophie, Paul, et les autres, ceux du mensonge ou de la vérité… Nos quatre héros nagent allègrement dans les eaux troubles de ce boulevard des temps modernes. Ils sont servis par une mécanique du rire extrêmement bien huilée, aux rebondissements à la mauvaise foi assumée, avec ces portes qui claquent virtuellement dans des changements de décors judicieux, réalisés à vue, de William Mordos, qui donnent l’impression de la construction même du mensonge. Le tout est magnifié par les lumières alléchantes et mordantes de Dimitri Vassiliu, et soutenu par des musiques enveloppantes et électrisantes. Un milieu bourgeois identifié également par les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz.
Un vrai paquet-cadeau qui cache bien des surprises. Attention au déballage : l’arrachage du papier cadeau risque de vous donner des sueurs froides ou de vous déclencher des rires en cascade.
Le rideau s’ouvre sur une chambre d’hôtel à la virginité compromettante. Vincent vient de batifoler avec Alice, la femme de son meilleur ami Paul. Une relation qui, dans le temps, a pris une certaine routine mais qui commence à déplaire à Alice, et pour laquelle Vincent développe une philosophie du mensonge quelque peu cocasse : « Si tout le monde se disait la vérité du jour au lendemain, il n'y aurait plus un seul couple sur terre. Et par certains côtés, ce serait la fin de la civilisation. »
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Est-ce que par hasard la notion de culpabilité pointerait le bout de son nez ? « Tu n’as pas confiance en moi ? » Ah, cette confiance, clef de voûte de leur relation… Pour aimer, pour protéger : devons-nous nécessairement mentir et rester prisonniers du confort de nos mensonges ?
« Hein ? » Certainement pas pour Vincent ! Cette interjection bienfaitrice lui permet de se sauver de moult situations dangereuses. Est-ce par pur égoïsme ? Peut-être, mais c'est en tout cas nécessaire pour l’équilibre de ce menteur patenté. Mais il finit par se retrouver en situation de flagrant délit de mensonge. Et là, comment vous dire… Les mensonges sur mensonges, concoctés par la brillante plume machiavélique et cruelle de Florian Zeller, vont faire mouche à chaque fois. Ses répliques courtes, ciselées, aux dialogues à double tranchant, donnent à la pièce un dynamisme percutant et continu, tout en nous posant la question : que se cache-t-il derrière ce qu’il nous présente comme une évidence ? Où placer le désir dans tout cela ?
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Nous découvrons un Vincent maîtrisant l’art et la manière d’inverser les rôles et les situations, mais qui va finir par se prendre les pieds dans le tapis et descendre l’escalier plus vite qu’il ne l’a monté. De dominateur, il va devenir victime. C'est la situation classique et instable de l’adultère qui va exploser sous nos yeux. Pour notre plus grand plaisir, me direz-vous ? Oui, car voyeurs comme nous le sommes, nous ne demandons que cela. On rit toujours du malheur des autres…
Chaque scène que vit Vincent vient anéantir la précédente. S’embrouillant dans ses explications, il ne fait que s’enfoncer dans ses mensonges, au point de nous en faire perdre nos propres convictions : c'est l’arroseur arrosé ! « Ne pas dire la vérité, ce n’est pas mentir » : qu’en pensez-vous ?
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Mais ce mensonge, raison de vivre de Vincent, serait-il de son seul fait ? Que penser de sa maîtresse Alice, de sa femme Sophie, de son meilleur ami Paul ? Ont-ils eux aussi une part de vérité ou de mensonge dans cet imbroglio ? Le tout est rythmé de main de maître par Ladislas Chollat, rompu à l'univers de Florian Zeller, assisté d’Éric Supply, à la mise en scène élégante et réglée au cordeau.
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Stéphane De Groodt, avec son œil rieur perché dans une nuance de vague captivante, possède un ressort comique indéniable. Avec son phrasé particulier, dont les silences donnent le tempo, il fait feu de tout bois. Il se donne jusqu’à l’épuisement pour tenir à bout de bras ce rôle de Vincent débordé par l’enchaînement de ses propres mensonges. Sa mauvaise foi est si assumée que, de menteur se transformant en victime, il en devient touchant. Il réussit même le tour de force de donner l'impression d’être lui-même surpris par ses propres répliques : du grand art !
Il est entouré de Sylvie Testud qui, en maîtresse espiègle, joue parfaitement l’ambiguïté de son personnage : aime-t-elle Vincent ou joue-t-elle avec lui ? Clotilde Courau, en femme bafouée à la froideur glaciale, est beaucoup plus lucide que l’on pourrait le croire. Enfin, Stéphane Facco, en ami — presque un frère —, est parfait dans cette fausse naïveté masculine qui donne un superbe équilibre à la pièce.
Dans le doute, dire la vérité : ne serait-ce pas entretenir le mensonge ?
« La vérité » sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz, une programmation Entractes Organisations, dans une tournée Pascal Legros Organisation.
Prochaine représentation : le 29 mai à Clamart.
Crédit photos : @ Cyril Bruneau
Vu le 23/05/26