Rouge

 

« Rouge » de John Logan dans une version française de Jean-Marie Besset et mise en scène par Jérémie Lippmann au théâtre Montparnasse est la naissance d’un coquelicot fragile qui finira par exister.

 

Affiche-ROUGE-webNous sommes à la fin des années 50, décennie où la carrière du célèbre peintre Marcus Rothkowitz, né Russe, devenu citoyen américain, adopta le pseudonyme de Mark Rothko.
Nous sommes dans son atelier, il reçoit un jeune homme, qui deviendra son assistant pendant plusieurs années, pour lui permettre de répondre à une commande importante du célèbre restaurant New-Yorkais le Four Seasons.

Une commande qui répond à son ego très développé. Ce peintre ne conçoit pas que ses œuvres soient mélangées avec d’autres tableaux, au risque d’être perturbé. Les yeux du « visiteur » ne doivent réfléchir que sur sa peinture. C’est un créateur qui veut apporter sa touche personnelle dans l’art pictural, il veut se différencier des autres peintres, lui qui a été marqué par les toiles de Matisse.

Oui réfléchir, car ce peintre, un homme très cultivé, que l’on peut placer dans la catégorie des intellectuels, relève le manque de culture générale de son futur assistant. Comment est-il possible de peindre, quand on sait que seulement 10% de son temps est consacré à appliquer la peinture sur la toile, sans avoir lu Nietzsche, être intéressé par la philosophie ou encore la mythologie grecque, sources d’inspiration inépuisables. La tragédie étant au cœur de l’action.

Une complexité du personnage rendue admirablement par l’interprétation sans faille de Niels Arestrup. Il est cet ours à la carapace fragile qui se doit d’être fort devant la jeunesse, devant ce public qui ne comprend rien à l’art moderne, qu’il méprise. Ce public qui ne s’interroge pas assez sur l’art.
Comme en témoigne le virage à 180 degrés de Picasso, qui flatta son tiroir caisse en répondant à la facilité, en exécutant des peintures dignes des demandes des bobos.
Un ours qui tente d’apprivoiser son « jeune protégé » mais qui finira par répondre à l’éducation souhaitée et prendre son envol, se rebeller.
Certes leurs divergences de la vie sont nombreuses, différence d’âge oblige, mais la peinture les réunit, enfin partiellement.J.STEY_MG_0400-WEB

Dans l’instant présent c’est le rouge qui nous intéresse, ce rouge qui n’est pas rouge pour Mark Rothko, un rouge qui peut se définir sous différentes nuances, qui ont toutes leurs importances, tels que le magenta, l’amarante, le pourpre, l’ocre rouge.

Pour ma part c’est le rouge coquelicot qui m’intéresse, le personnage de Ken alias Alexis Moncorgé. Il est tel un coquelicot, fragile, délicat, en train de naître, de s’ouvrir, au milieu de cet immense champ rouge sans cesse labouré par Mark Rothko, l’artiste à la renommée établie, alias l’ogre Niels Arestrup.
Ce qui m’a séduit, c’est ce rapport de force entre Niels Arestrup, à la carrière encensée et ce jeune Alexis Moncorgé, tout de même Molière de la révélation théâtrale en 2016 pour son monologue « Amok » de Stefan Zweig, qui tient tête, sans faiblir, dans sa tirade en particulier, où il finit par exister. Toutes les nuances de rouge passent dans sa voix, la passion, la colère, la raison, l’amour, et c’est beau.

J.STEY_MG_0591-WEBJean-Marie Besset signe une traduction riche, forte, un texte prenant qui vous tient aux tripes.
Le décor digne de Mark Rothko de Jacques Gabel, sous les lumières de Joël Hourbeigt, souligne la mise en scène de Jérémie Lippmann qui met en relief le côté anxiogène et irascible, la nonchalance de l’artiste toujours en mouvement, comme il veut que sa peinture soit, contrairement à la précision du geste du jeune Ken, pétrifié au début par tant de présence de l’Artiste aux multiples facettes très bien rendu par Niels Arestrup.

Un moment rouge, d’une intensité débordante de vitalité.

 

« Rouge » au théâtre Montparnasse, du mardi au samedi à 21h, matinée le dimanche à 15h30.

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