Adieu Monsieur Haffmann

 

« Adieu Monsieur Haffmann » une pièce écrite et mise en scène par l’incontournable Jean-Philippe Daguerre au théâtre du Châtelet pour une captation TV conduite par Philippe Thuillier qui sera diffusée fin août sur France 5.

 

40x60-adieu-mr-haffmannUn moment de pure émotion sur fond d’actualité, avant sa reprise au théâtre de l’Œuvre le 03 septembre prochain, sans oublier l’adaptation cinématographique qui a repris son tournage depuis la fin du confinement.
Une construction dramaturgique qui se prête d’ailleurs admirablement pour une version filmée et même par sa musicalité à une comédie musicale.

Quel bonheur de pouvoir retourner au théâtre, de retrouver les émotions procurées par le spectacle vivant, sans lequel nous ne serions rien.
Une émotion intacte qui a même gagné en intensité depuis la représentation à laquelle j’avais assisté en février 2018 au théâtre du Petit Montparnasse.
Une distribution identique à la différence près : Charlotte Matzneff jouait, ce soir, le rôle de la femme de l’insupportable nazi Otto Abetz, dans lequel j’avais apprécié Salomé Villiers.

Une pièce récompensée à juste titre par plusieurs Molière et le prix de la fondation Barrière.

Une pièce au cœur de l’histoire mais aussi de l’actualité dans l’évocation de la peur de l’autre, de sa différence, qui conduisent inexorablement au racisme.
Une évocation non sans humour qui dédramatise la situation tout en faisant corps avec les tensions palpables de la cohabitation où l’amour en est le ciment.Haffmann 2

Notre cœur bat au rythme des répliques sans complaisance qui font mouche, qui ne cherchent pas l’effet, mais qui respirent aux sons des claquettes ou de la TSF qui déverse son flot d’insanités, ces informations qui se voulaient bien-pensantes.

Nous sommes à Paris dans la bijouterie de Monsieur Haffmann qui a comme employé Pierre Vigneau.
1942 : le port de l’étoile jaune est décrété pour les juifs.
Monsieur Haffmann qui a mis à l’abri sa famille en l’envoyant en Suisse veut au démarrage de la pièce préserver son commerce.
Haffmann 3Il propose à son employé Pierre Vigneau de sauver les apparences. Pendant que lui vivra dans la cave comme un rat, évocation porteuse de symbole des nazis, son employé donnera le change et fera prospérer son commerce par son précieux talent que lui procurent ses mains et sa créativité, accompagné par le réconfort, le soutien, de son épouse Isabelle.

Pierre Vigneau prend un très grand risque qui ne va pas sans contrepartie, guerre oblige.
La nature humaine émerge toujours sa tête de l’eau, mais dans quel état !?
Chassez le naturel, il revient au galop.
En quelque sorte un pari gagnant gagnant, mais jusqu’où la fable peut-elle en tirer sa morale ?
Faut-il pactiser avec le diable ou préserver son intégrité : être irréprochable ?
Jusqu’où le courage peut-il être notre fierté ?Haffmann 1

Dans une sobriété salvatrice, tant dans le jeu, que dans les décors de Caroline Mexme ou encore dans les costumes de Virginie H, Jean-Philippe Daguerre qui m’avait cueilli, fasciné avec sa dernière pièce « La famille Ortiz » (Cliquez) m’a une nouvelle fois bouleversé avec son histoire aux dialogues ciselés où la gratuité n’a pas sa place.
Il a le sens du rythme sans forcer le trait, il dirige ses comédiens dans un jeu naturel aux couleurs généreuses qui vont droit à l’essentiel.
Il sait faire travailler notre imagination bien que cette histoire repose sur des faits réels.
Un pari gagné dans cette immense salle du Châtelet où l’émotion a grimpé jusqu’aux fauteuils du premier balcon.IMG_5089

Pour interpréter cette pièce magnifique, il fallait une troupe unie, à la hauteur de la puissance des dialogues, des situations. Ils ont trouvé le juste équilibre sans tomber dans un discours aux accents pathétiques qui auraient nui à sa réception. Ils sont tout simplement au service d’un auteur, d’un texte, sans chercher à se tirer la couverture sur un quelconque jeu qui aurait pu détruire l’édifice.

Alexandre Bonstein, Monsieur Haffmann, Grégory Baquet, Pierre Vigneau et Julie Cavanna, Isabelle Vigneau, forment ce trio au jeu émouvant, intelligent, dépouillé, efficace, qui nous prend aux tripes, sans nous lâcher jusqu’à la dernière réplique.IMG_5087

Cet équilibre est bouleversé par l’apparition d’Otto Abetz et de son épouse, qui fut l’ambassadeur d’Allemagne à Paris pendant la seconde guerre mondiale, francophile, ancien professeur d’art, mais qui malheureusement pour les juifs fut fasciné par la personnalité d’Hitler et sa barbarie.
Franck Desmedt est glaçant de vérité dans ce rôle où l’ironie présente nous conduit à sourire, à rire. Ce comédien me fascinera toujours par sa présence sur scène où dans chaque rôle qu’il interprète, il donne vie au personnage d’une façon inventive, fulgurante.

Il est accompagné par Charlotte Matzneff, qui est remarquable de drôlerie dans son rôle de femme insouciante à la bêtise mesurée.IMG_5088

Sans oublier « La femme assise » d’Henri Matisse dans son rôle muet mais tout aussi important dans l’intrigue.

Une pièce à ne manquer sous aucun prétexte !

 

 

« Adieu Monsieur Haffmann » à partir du 03 septembre au théâtre de l’Œuvre.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close