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Au gré de mes sorties retrouvez mes impressions qui je l'espère vous donneront l'envie d'aller au théâtre , voir un ballet, écouter un chanteur, un concert.

Le billet de Bruno

Dom Juan

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« Dom Juan » de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière adapté et mis en scène par Jean-Philippe Daguerre sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz dans une programmation des Amis du théâtre de la côte basque, en collaboration avec Le grenier de Babouchka, est une vision circassienne réjouissante de cette comédie aux propos à faire frémir les féministes.

 

« Attention, mesdames et messieurs, dans un instant on va commencer… » un dernier coup de balai par le valet de piste et plein feu sur le podium d’un cirque aux couleurs vivifiantes imaginé par Sophie Jacob, où nos héros vont se mettre à nu pour nous transmettre dans une prose parfaite le message de Molière : celui de dénoncer la noblesse qui abusait de son pouvoir, provoquant aussi une vive réaction du clergé dans un rapport de force inégal.

Dom Juan, ce séducteur, ce libertin, ce manipulateur, doué sans commune mesure pour étaler sa jouissance d’une hypocrisie à l’échelle intergalactique, accumule les conquêtes, malgré son union avec Elvire qu’il délaisse, au grand dam de son valet Sganarelle qui suffoque à chacune de ses prises dans son filet.

C’est la piste aux étoiles, à l’orée d’une comédie musicale, avec ses musiciens en chair et en os sur une musique de Petr Ruzicka, revisitée dans une ambiance festive laissant apparaître sa noirceur tout en subtilité par une mise en scène enjouée, dynamique, donnant la part belle au rôle de Sganarelle, interprété tout en nuances par l’effervescent  Auguste Teddy Melis, mon coup de cœur de la soirée. Il flotte dans son jeu des soupçons d’un certain Claude Piéplu. Son clown blanc, le Dom Juan, Simon Larvaron, (remarqué dans Le Montespan par sa prestation émouvante (cliquez)),  donne au contraire dans la mesure ; son flegme lui permet de s’amuser dans la convoitise de ses conquêtes, qu’elles soient « objet » ou « femme », avec son œil malicieux et de faire mouche à chaque fois. Ne dit-il pas : « Tout le plaisir de l’amour est dans le changement »… Un jeu, une passion qui le mènera à sa perte comme on peut s’en douter, malgré toutes les mises en garde dont il fera l’objet…être fidèle à soi-même, ou ne pas l’être… A ce propos on peut se rappeler la réplique de Sganarelle : « Sachez, Monsieur, que tant va la cruche à l’eau, qu’enfin elle se brise ». Tout est dit !

Deux comédiens aux jeux complémentaires qui mettent dans cette adaptation et mise en scène tous leurs talents afin que cette vision risquée de la pièce soit une totale réussite. Les intermèdes pour les changements d’actes, compression oblige, donnent une couleur chatoyante au rythme voulu par la mise en scène.

Jean-Philippe Daguerre est resté fidèle au texte en se concentrant sur ce qu’il considère être la sève de la pièce, tout en conservant les scènes cultes. L’introduction de Sganarelle avec sa scène sur le tabac vaut son pesant d’or. Quant à Dom Juan il n’est pas en reste avec la fulgurance de sa plaidoirie sur la notion de séducteur et sa scène de séduction des jeunes paysannes. Un humour dévastateur à l’accent truculent avec la scène de Pierrot et Colombine, alias Charlotte et Pierrot, jouée gaillardement par Charlotte Ruby et Grégoire Bourbier. Néanmoins dans une délicate incartade, le rôle du père de Dom Juan est devenu mère avec la saisissante Nathalie Kanoui en écuyère au fouet cinglant, pour mieux asséner à son fils « que la vertu est le premier titre de noblesse ». Hériter d’un nom certes, mais cela ne suffit pas pour être un gentilhomme, encore faut-il agir en tant que tel. Une morale qu’il a bien du mal à faire sienne… Vanessa Cailhol, au jeu fin et délicat, en Elvire outragée par un Dom Juan sans complexe découvrira à ses dépens la face cachée de cet énergumène.

Un Molière qui traversait la France dans sa roulotte pour apporter la bonne parole, et qui ne serait pas mécontent de voir son propos perdurer dans une roulotte de cirque mise en avantage par la finesse de l’éclairage d’Idalio Guerreiro, tout comme les costumes de Corinne Rossi. La chorégraphie de Mariejo Buffon donne une envolée pittoresque à cette comédie, sans oublier les membres de l’orchestre en complément de Charlotte Ruby au violoncelle, Tonio Matias à l’accordéon et André-Marie Mazure à la trompette.

Une version qui fera date dans un répertoire toujours sur le fil de l’actualité.

 

« Dom Juan » sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz, un évènement Les amis du théâtre de la côte basque, le 01 décembre 2022.

Dom Juan
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