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Au gré de mes sorties retrouvez mes impressions qui je l'espère vous donneront l'envie d'aller au théâtre , voir un ballet, écouter un chanteur, un concert.

Le billet de Bruno

Katte

« Katte » de Jean-Marie Besset dans une mise en scène de Frédérique Lazarini sur la scène du théâtre La Condition des Soies ou l’homophobie et l’intolérance poussées à son paroxysme.

 

En l’an de grâce 1730 régnait sur le royaume de Prusse, le roi Frédéric-Guillaume Ier, un roi-sergent terrifiant de brutalité et d’autoritarisme, à la violence jouissive, jusque dans sa famille : sa femme la reine Sophie qu’il culbutait au rythme du canon et dont quatorze enfants naîtrons, sa fille la princesse Mine à qui il prédit un mariage sans dot si elle ne se plie pas à sa volonté et enfin son fils le prince Frédéric à l’aube d’une jeunesse à la sensibilité à fleur de peau jouant de la flûte et s’enivrant de littérature française et qui ira jusqu’à implorer son père…« Papa…petit papa...ayez pitié de moi… »

Un face-à-face explosif des générations. Un prince héritier à la jeunesse innocente face à un tyran dépassé par la nature de son fils. Un fils dont il découvrira dans une rage folle, au risque de déclencher une crise politique, l’homosexualité, alors qu’il lui prédestinait à un autre avenir en le formant à la guerre et à la chasse. Une vision complètement contradictoire de la vie dans un subtil équilibre où la fougue de la jeunesse s’oppose à l’autorité brute.

Jean-Marie Besset par la construction de sa pièce en alexandrins fait vibrer le vers classique avec une modernité et une fluidité exemptes de toute emphase académique. Il apporte avec ses vers, dans sa vision romantique de cet épisode célèbre et cruel, une arme de précision diabolique. Il structure la violence d’un monde régi par la discipline militaire et la raison d’Etat tout en y insufflant une modernité en disséquant les mécanismes de l’homophobie institutionnelle et de la tyrannie paternelle.

Il nous livre une pièce d’une finesse psychologique où les non-dits ont autant de valeur, de pouvoir que les mots, il excelle dans la description de la complexité amoureuse.

Frédérique Lazarini signe, avec une grande intelligence, une mise en scène d’une grande rigueur esthétique pour se concentrer sur le conflit des corps opposés à celui des idéaux. Sa gestion du rythme couplée à une direction d’acteurs millimétrée incarne l’ambigüité des personnages à la perfection. Elle met à profit les silences lourds de sens pour accélérer le rythme lors des puissantes joutes verbales, maintenant le spectateur dans une tension constante. Les jeux de lumière de Didier Brun et les splendides costumes d’Emmanuel Coureau & Laurence Cucharini rehaussent la scénographie de Régis de Martrin-Donos.

Katte ou l’épisode célèbre et cruel de l’histoire prussienne : l’idylle brisée entre le prince Frédéric et son ami et amant, l’officier Von Katte.
Une magnifique réussite pour cette tragédie qui repose sur l’interprétation d’une troupe qui parvient à rendre la poésie classique charnelle et viscérale.

 

Valérian Geay incarne délicieusement la dualité du personnage : sa fragilité d’artiste amoureux des arts et sa liberté face à la rage sourde de son père interprété magistralement par Philippe Girard qui par moments laisse poindre un soupçon de folie, dépassé par la nature de son fils et le complotisme de ses proches. Face au prince Tom Mercier apporte une présence physique magnétique et sensuelle dans le rôle de Katte. Son jeu lumineux donne à son personnage une dimension héroïque et sacrificielle. Marie-Christine Lefort dans le rôle de la reine Sophie est éblouissante de dignité dans sa souffrance de mère tout en résistant à la violence du roi, son époux, son violeur. Marion Lahmer, la princesse Mine, en sœur aînée, donne de l’épaisseur à son rôle tout en étant complice du prince. Stéphane Valensi en ministre Seckendorff déploie un jeu tout en nuances, venimeux et feutré, incarnant la manipulation politique sur le bout des doigts. Enfin Thomas Paulos dans son rôle du pasteur Mühler apporte un peu d’humanité à la préparation de la fin tragique de cet épisode historique.

Un rendez-vous théâtral incontournable pour une rencontre entre l’écriture affûtée de Jean-Marie Besset et le regard complice et subtil de Frédérique Lazarini. Une pièce d’une grande modernité à ne pas manquer.

 

« Katte » sur la scène du théâtre la Condition des Soies, à 20h50, jusqu’au 25 juillet, relâche les mercredis.
Crédit photos : @
Vu le 090726

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