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Au gré de mes sorties retrouvez mes impressions qui je l'espère vous donneront l'envie d'aller au théâtre , voir un ballet, écouter un chanteur, un concert.

Le billet de Bruno

L'école des femmes

« L’école des femmes » de Molière dans une mise en scène de Frédérique Lazarini sur la scène du Théâtre du Chêne Noir est une relecture d’un classique d’une brûlante modernité.

 

L’école des femmes est sans doute la pièce la plus féroce de Molière. Derrière des éclats de rire de la comédie de mœurs se cache la tragédie d’un enfermement : celui d’Agnès, orchestré par Arnolphe, son tuteur.
François Cabanat, assisté de Tom Peyrony et Grégory Lechat a conçu une scénographie ingénieuse : de la salle de contrôle avec sa surveillance vidéo permanente où sévissent ses gardiens au jardin secret, en passant par la cage de verre, symbole de l’enfermement d’Agnès, tant physique que psychologique…

Arnolphe a enfermé sa pupille Agnès, dans le but de contrôler ses fréquentations. Il souhaite l’épouser et se refuse la moindre possibilité de devenir cocu tout en la façonnant idiote et soumise. Mais il a oublié un détail, celui de l’ouverture sur le monde de sa prisonnière depuis son balcon, et il en fera les frais…

La scène d’introduction, entre Arnolphe et Oronte résumant l’intrigue de la comédie, à savoir, que sa pupille Agnès a été élevée dans l’ignorance, recluse dans un couvent, donne le ton à cette farce qui va se produire devant nous le temps d’une journée. Pour ce faire, il vient de changer son nom pour celui de M. de La Souche, qu’il prétend plus aristocratique.

Sans jamais trahir la puissance du texte de Molière, Frédérique Lazarini propose une lecture profondément contemporaine, d’une fraîcheur et d’une clarté stimulantes. Il n’est pas question de faire d’Arnolphe un monstre psychorigide mais un homme ridicule, pathétique, dépassé par la marche du monde.

Cette adaptation en révèle toute l’actualité quant à la condition de la femme mettant en exergue les mécanismes de domination, d’emprise et de contrôle que nous constatons encore aujourd’hui de l’homme sur la femme, tout en étant drôle et cruelle. Un pont se forme sous nos yeux entre le siècle de Molière et le nôtre où l’on s’aperçoit que cette forme de contrôle n’a pas beaucoup changé hormis la technologie. L’action se fluidifie comme une grosse vague qui glisse sur l’océan.

Cette réussite est aussi due à l’interprétation magistrale de Cédric Colas dans le rôle d’Arnolphe et de Sara Montpetit dans celui d’Agnès.

Cédric Colas compose un personnage complexe, autoritaire, blessé, parfois même tragique dans sa scène d’un homme désespéré déclarant son amour à sa belle. Il a une peur panique de perdre son pouvoir.

Chaque regard, chaque silence, chaque explosion de colère témoigne d’une maîtrise absolue de son jeu, de son rôle. Sara Montpetit livre quant à elle une fraîcheur de jeu bouleversante et sincère. Derrière une apparence de naïveté apparaît progressivement une jeune femme qui découvre la liberté au bout du chemin. Sans jamais forcer le trait ni les effets, nous la voyons telle une chrysalide éclore en une jeune femme émancipée.

Sans l’amoureux transi, il n’y aurait pas de comédie. Hugo Givort incarne un Horace lumineux, spontané et sincère, tout en apportant une fougue et une insolence de la jeunesse  qui détricotent les tensions dramatiques. Il vient fissurer le monde qu’Arnolphe s’est construit et nous régale par les confidences qu’il lui fait. Son père Oronte joué tout en finesse par Alain Cerrer possède une présence scénique d’une grande justesse. Avec Emmanuelle Galabru et Guillaume Veyre en agents de sécurité, nos valets modernes et burlesques à souhait, ils contribuent à la mécanique intemporelle de la pièce où chacun trouvera sa place dans le puzzle.

Les alexandrins circulent naturellement avec une fluidité remarquable, on ne s’ennuie pas une seconde. Un spectacle de grande qualité où les émotions autant que les rires sont témoins d’un vent de liberté : à savourer sans modération.

 

« L’école des femmes » sur la scène du Théâtre du Chêne Noir, à 10h15, jusqu’au 25 juillet, relâche les 06, 13 et 20. 
Crédit photos : @ Marion Duhamel
Vu le 100726

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