Vipère au poing

« Vipère au poing » d’Hervé Bazin le « cauchemar » des collégiens.
Je me rappelle que je devais lire un livre toutes les deux semaines et en faire un résumé, et celui-là en faisait partie.
Franchement cette histoire n’a rien de palpitant pour un jeune : une mère qui maltraite ses enfants au retour de son voyage d’Indochine pour palier l’absence de la grand-mère paternelle, décédée, qui s’occupait (tellement bien à leurs yeux) des enfants. Une famille bourgeoise qui avait tout sur le papier pour avoir une belle vie mais s’était sans compter le caractère tyrannique, diabolique de la mère que tout le monde connait sous le patronyme de « Folcoche » (association de folle et cochonne). Qui soit dit en passant lui avait été donné par son fils aîné Ferdinand lors d’une explosion de colère suite aux réprimandes non justifiées de sa mère. Folcoche considérait que l’éducation de la grand-mère était trop laxiste : elle devait les remettre dans le droit chemin…

Eh bien Victoria Ribeiro et Aurélien Houver en ont fait une histoire palpitante, à découvrir pour tous les publics.

vipère au poing 1Ce seul en scène d’Aurélien Houver, qui endosse le rôle de Jean dit « Brasse-Bouillon », nous prend aux tripes et nous bouleverse.
Sa voix claire, puissante et nette capte notre attention dès la première phrase sans jamais la lâcher. Le parti pris de la mise en scène de conserver cette puissance vocale tout au long de cette évocation peut surprendre mais c’est avec violence, conviction, détermination, qu’Aurélien Houver fait passer son message de désespoir, de vie, d’au secours.
Comment supporter les souffrances et les humiliations que cette mère, à l’imagination sans limite, leur fait subir ; celle qui déteste son mari, qui n’a pas d’emprise sur lui, et qui reporte sur ses enfants sa haine et sa cruauté.
Comment ce calvaire est-il resté aveugle aux yeux des tiers ? Combien d’enfants aujourd’hui sont dans ce cas ?
Même si « Vipère au poing » est un roman, il y a tout de même une part de vécu venant d’Hervé Bazin.

Tout le monde connait les statistiques des femmes battues mais qu’en est-il de celles des enfants ? Un message crié à la face du monde qui ne doit pas rester sans réponse. Message que Collette n’a pas voulu entendre , comprendre, et qui a mis son veto à l’attribution du prix Goncourt pour son roman à Hervé Bazin considérant que l’on ne pouvait pas parler ainsi d’une mère !?

C’est toute cette souffrance qu’Aurélien Houver nous conte en interprétant tous les personnages ; vipère 2avec émotion et passion il évoque toutes les étapes de cette vie qu’il a vécue avec ses frères Ferdinand et Marcel dit « Cropette » au côté de cette « folle et cochonne ».
Avec humour et ironie, il revient sur des moments qui nous font sourire, rire : comme par exemple celui où il tente d’empoisonner sa mère, celui de son hospitalisation (où il espère qu’elle n’en ressortira pas vivante) ou encore celui où il a réussi à déjouer le vol de son portefeuille qu’elle voulait lui faire porter.
Les abbés chargés de l’éducation défilent mais les humiliations restent, le chagrin aussi.

vipère 3.JPGDans un décor sobre et fonctionnel de Fabrice Cany, composé d’un arbre majestueux symbole de l’évasion, de liberté, tour d’observation et de surveillance à qui l’on peut se confier et vipère 5d’une chaise symbole des lieux et des attitudes, Aurélien Houver sans aucun cabotinage, dans un costume seyant de Corinne Rossi est magistral dans son interprétation.
Il mouille sa chemise au sens propre et figuré : une belle énergie et une véritable performance de comédien qui a tous les atouts pour avoir sa place dans la belle troupe de la Comédie Française et pourrait sans problème se produire sur la scène du palais des papes à Avignon.

Victoria Ribeiro signe une mise en scène précise, habile qui grâce aux lumières d’Idalio Guerreiro met en avant toutes les émotions, les attitudes et respecte le texte.

vipère 6

Sans erreur possible, il faut aller voir ce comédien à l’avenir prometteur !

« La haine, beaucoup plus encore que l’amour, ça occupe. »

« Vipère au poing » : au théâtre le Ranelagh, du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h jusqu’au 13 janvier 2019.

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