Intra muros


Autant le dire tout de suite cet homme est fou, fou d’inventivité.
On aime ou on n’aime pas le style « Michalik » reconnaissable dès les premières scènes…et bien j’aime !
Alexis Michalik, l’auteur des « Le porteur d’histoire », « Le cercle des illusionnistes » et « Edmond » est un conteur qui captive votre attention pour vous emmener dans ses histoires les plus invraisemblables.

C’est à l’issue d’un échange avec plusieurs détenus lors d’une visite d’une centrale qu’il a eu l’idée d’écrire cet « Intra muros ».
Des échanges avec ces détenus condamnés à de plus ou moins longues peines, des détenus dont certains ont passé le plus grande partie de leur vie entre quatre murs, des détenus qui ont conté à Alexis Michalik leur vie au quotidien, l’égrenage des ces longues heures à ruminer, à attendre un parloir, une permission, une sortie définitive signe de liberté qui parfois peut donner l’occasion de replonger.
Eh bien Alexis Michalik s’est servi de toutes ces informations, ces détails, pour élaborer ce puzzle que sa « troupe » va construire devant nous : l’homme en cage.

 

intra muros 3L’intention est simple, un metteur en scène sur le retour se voit proposer par une jeune assistante sociale la création d’un atelier théâtre au sein de la prison. Cette opportunité tombe à pic pour ce metteur en scène en recherche de cachets, mais il va aller de surprise en surprise en découvrant au fur et à mesure les personnalités de tous les intervenants.

Sur un plateau nu avec un tapis pour lieu de toutes les rencontres, nous allons découvrir la vie en milieu carcéral.
Tapis, lieu de toutes les improvisations, que l’on peut connaître quand on s’est essayé à cette pratique notamment lors d’une audition : qui n’a jamais fait l’animal sur scène comme par exemple le singe ou la poule. intra muros 1
Se mettre à nu pour évaluer sa perception de l’espace, sa compréhension des consignes, briser sa timidité, aller vers l’autre sans préjugés, lieu intemporel de toutes les vies.

Dans une mise en scène à tiroirs d’Alexis Michalik, nécessairement précise, où les allées et venues dans le temps peuvent au début déconcerter (mais c’est la « patte » Michalik, l’histoire dans l’histoire, où chacun se dévoilera, où nous découvrirons les connexions les plus surprenantes), l’auteur donne du rythme à l’action complétée par les lumières d’Arnaud Jung.
Jamais à cours d’idée ingénieuse, il a introduit sur scène un musicien, ce soir Raphaël Bancou, qui avec ses instruments participe à la montée crescendo de l’histoire, ponctue à la virgule l’action, les textes des comédiens ; souligne leurs intentions, leurs souffles, leurs émotions et leur donne une puissance de jeu dont les effets sont palpables.
Les cinq comédiens sont tous excellents et la force d’Alexis Michalik est de ne pas chercher à mettre en avant une « vedette » mais de jouer avec une troupe homogène, chorale.intra muros 2

Troupe composée de comédiens en alternance, et ce soir à notre surprise (il n’était attendu avant le 12 octobre) c’est Guillaume Sentou, après avoir été un Edmond à Paris et en tournée, qui joue le rôle de Richard le metteur en scène. Avec son œil qui pétille de malice, il se glisse avec aisance, avec agilité dans toutes les situations et rebondissements. Il est le pilote de cette histoire.
Il est aidé dans sa démarche par son assistante, ex épouse, Jeanne jouée par Elisabeth Ventura. Elle interprète également d’autres rôles et c’est à la vitesse de l’éclair, par une attitude, un geste, un regard, une voix qu’elle donne vie à tous ces personnages : elle fait peur, on l’aime, on la hait, elle est incroyable de vérité.
Celle qui introduit ces deux personnes dans la prison est Jeanne, l’assistante sociale jouée par Marie Sambourg. Un coup de cœur pour cette rafraîchissante apparition : un jeu délicat, juste, sincère, généreux.
Dans les rôles des deux détenus sans qui cette aventure n’aurait pas lieu : nous avons Ange joué par Joël Zaffarano (la voix de Hugh Jackman) qui excelle dans le renfrogné, le bougon, le boudeur, il donne du fil à retordre au metteur en scène qui petit à petit arrive à lui briser sa carapace montrant toute la fragilité du personnage.
Et enfin l’incroyable Christopher Bayemi dans le rôle de Kevin, un jeune chien fou à la colère non maîtrisée qui au fond de lui a une belle âme.

 

La salle applaudit à tout rompre, crie des bravos et nous sortons heureux d’avoir partagé tous ensemble un bon moment de Théâtre !

 

« Intra muros » : à La Pépinière théâtre : du mardi au samedi à 21h et les samedis à 16h, jusqu’au 28 février 2019

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