L’Heureux stratagème

« L’Heureux stratagème » de Marivaux ou l’amour de l’un est testé en suscitant la jalousie de l’autre, avec une pièce maîtresse qui prône la liberté de l’infidélité.
Une nouveauté cette fois-ci avec l’inversion des rôles, c’est l’homme qui devient le pantin de la femme.

 

marivaux 2Au risque de m’attirer les foudres de tous ceux qui dans un concert de louanges ont aimé « l’Heureux stratagème », je ne suis pas resté dans le train…
Pour moderniser un Marivaux, il ne suffit pas d’évoluer dans un décor blanc, de jouer en bermudas ou de faire des effets de lumière symbolisant le temps qui passe (pas assez vite et qui finissent par fatiguer les yeux), et surtout de ne pas entonner en anglais dans un chœur mal maîtrisé un « You go to my head » de Billy Holiday : encore faut-il qu’il y ait une unité de jeu et pour moi elle faisait défaut.

Mon souci avec cette pièce qui fut en son temps la plus jouée de Marivaux et qui n’avait jamais été programmée à la Comédie-Française est qu’elle flanche par sa longueur.
Il n’y a aucun problème avec le début qui plante l’action et la fin qui nous libère mais entre les deux, l’intrigue avance lentement lentement et permet aux comédiens de faire leurs numéros : un Laurent Lafitte qui fait beaucoup rire la salle avec son accent gascon dans un jeu un peu trop appuyé, un Loïc Corbery qui fait aussi rire, emplit de facéties, qui crie, qui gesticule et qui porte à merveille son nom d’Arlequin.

Le parti pris du metteur en scène Emmanuel Daumas est en soi intéressant : faire évoluer dans un jeu sombre les comédiens dans un décor bi-frontal, en connexion avec le public ; on ne sait plus si on est à la cour, au jardin, à la face ou au lointain.
Mais encore faut-il que nous entendions et comprenions la réplique, le texte ; car tous les comédiens ne sont pas de même niveau dans ce domaine. Par exemple j’ai eu d’énormes difficultés de compréhension avec le phrasé de Nicolas Lormeau dans le rôle de Blaise, père de Lisette.
En revanche, j’ai préféré le travail sur les silences, les regards, les intentions.

Dans ce puzzle éparpillé qui ne s’assemblera jamais, ma préférence va à Jennifer Decker qui joue Lisette : une voix, un maintien, un phrasé ; un jeu tout en finesse et en sincérité.
Julie Sicard est très convaincante dans son rôle de marquise s’alliant à Éric Génovèse jouant sobrement et juste un Dorante qui veut reconquérir sa comtesse jouée par Claire de la Rüe du Can. Elle ne m’a absolument pas convaincu, j’ai trouvé que son jeu, son phrasé était complètement décalé par rapport au reste de la troupe. Quant à Jérôme Pouly il campe un Frontin amoureux au jeu intéressant.

 Je ne peux pas dire que ce spectacle soit bon ou mauvais, j’ai simplement pris le train pour deux ou trois stations et je suis redescendu sur le quai pour attendre la fin.
Pour rester dans cette image du train, j’ai eu le sentiment que les comédiens, au lieu de rouler sur la même voie dans le même train, avaient chacun leur wagon et qu’il n’y avait pas de locomotive. Dans cette mouvance, certains sont très bons individuellement mais ce n’est pas le but d’une pièce de Marivaux.

 

 « l’Heureux stratagème » au Théâtre du Vieux-Colombier

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