La ménagerie de verre

Il flotte comme un air d’humanité au théâtre du Poche Montparnasse

Tennessee Williams de son vrai nom Thomas Lanier Williams III voit enfin s’entrouvrir la porte du succès populaire avec le montage de sa pièce « La ménagerie de Verre » en 1944 à Chicago.

Dans une traduction « sensible »  d’Isabelle Famchon, l’auteur dépeint dans une Amérique puritaine déjà scindée en deux, après la grande dépression qui se fait encore sentir, la vie quotidienne d’une famille plus que moyenne essayant tant bien que mal de vivre.
IMG_6976Les jours se ressemblent et sont tristes, tristes dans les pensées, tristes dans les actions, à la recherche d’une étincelle qui pourrait donner un peu de lumière, un peu de joie, un peu de chaleur réconfortante.
Dans un décor de Jean-Michel Adam aux couleurs qui se fanent, la peinture de leur vie est rude : la mère Amanda, Cristiana Reali, avec la manche de sa robe raccommodée, le fils Tom, Charles Templon, avec sa veste rapiécée et effilochée, les chaises qui auraient besoin d’un nouveau cannage ; on ne peut pas dire que le quotidien de cette famille, qui ressemble beaucoup à celle de l’auteur, soit des meilleurs ; le luxe ne faisant pas partie de leur vocabulaire. Seule la fille Laura, Ophélia Kolb, semble préservée, mais on ne peut pas dire qu’elle soit gâtée, la vie ne lui ayant pas fait de cadeau avec son handicap qui la rend boiteuse.

Pourtant la mère, quittée depuis une vingtaine d’années par son mari, fait tout ce qu’elle peut pour rendre ses enfants heureux, eux aussi abandonnés par leur père.
Comment satisfaire un fils qui ne rêve que d’aventure, de prendre la mer et comment « émanciper » une fille qui se cloître dans son handicap, s’emploie à admirer avec sa ménagerie de verre (ses animaux miniatures en verre), en fuyant toute vie sociale. LA MENAGERIE DE VERRE
Ce n’est pas avec le maigre salaire du fils, modeste employé d’un entrepôt de chaussures (comme l’auteur) que la famille peut faire des extra, mais elle vie…accrochée à ses rêves.
La mère, étouffante parfois, est plus préoccupée par l’avenir de sa fille que les errances de son fils ; elle ne poursuit pas ses études et selon sa mère son salut passera par un mari. Elle charge donc son fils de lui présenter un prétendant.
FRA - THEATRE - LA MENAGERIE DE VERRELoin de toutes ces considérations, lui qui passe ses soirées à l’extérieur du cocon familial, dont l’atmosphère lui est irrespirable avec coincé dans la gorge un abandon paternel qui ne passe pas, soi-disant dans un cinéma mais peut-être dans des lieux sordides à la recherche d’un peu de reconnaissance, d’un peu de confort, d’un peu de plaisir, flirtant avec l’ivresse (l’auteur restant flou quant à sa vie…) il présentera à sa sœur un collègue de travail, le bien vivant Jim, Félix Beaupérin, mieux placé que lui dans l’échelle sociale. Un Jim qui sera un rayon de soleil pour la mère, un espoir pour la fille et une étoile filante dans la nuit.

En dirigeant avec intelligence ses comédiens, Charlotte Rondelez, assistée de Pauline Devinat,  La Menagerie de verrea su dans son admirable mise en scène mettre en avant avec les silences, les non-dits, toute la sensibilité, la pudeur de l’auteur. Elle a exploité habilement la narration, rivière de l’action, dont Tom se sert pour nous faire part de ses états d’âme.
Elle a brodé un canevas paisible de la vie quotidienne d’une famille impressionnante de vérité, de sensibilité, d’amour aux sons de la musique de Vadim Sher.

Ophélia Kolb toute en sensibilité, à fleur de peau présente un travail remarquable de précision dans la voix, dans le geste…ses doigts qui triturent sa robe pendant qu’elle essaye de prononcer un mot en guise de réponse ; le regard fuyant de timidité, la grimace de douleur quand il faut céder aux demandes de sa mère.

Charles Templon le fils cadet joue parfaitement sur le fil de l’émotion avec son sourire charmeur, parfois ironique : il est émouvant à souhait.
Son texte, les mots sortent de sa bouche avec une précision surprenante, que cela soit dans le murmure ou dans le cri, il délivre son message avec pudeur et tendresse du bout des lèvres.

Félix Beaupérin, qui apparaît dans les scènes finales comme une boule qui vient bousculer ce jeu de quilles, relance l’action de cette vie familiale à la dérive. Son jeu naturel, dynamique, souriant, bienveillant apporte de la lumière, de l’espoir et de la chaleur dans l’existence bien morne de nos héros. Son regard extérieur sur cette famille nous livre une nouvelle lecture de l’intrigue.

Quant à Cristiana Reali, elle donne dans son rôle de la mère toute la puissance de son jeu dramatique. Elle est belle, crédible dans son exubérance, dans ses yeux remplis de larmes à la recherche du bonheur pour ses enfants. Et dans son sourire accroché au moindre sursaut de bonheur, elle illumine la scène.

Comment choisir ? Définir sa préférence ? Ils sont tous les quatre criant de vérité, impressionnants dans leurs jeux, qu’il est injuste, inutile de favoriser l’un plus que l’autre : merci à vous pour ce délicieux et inoubliable moment de théâtre.

« La ménagerie de verre » : au théâtre de Poche Montparnasse, du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 17h30

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