Qui a peur de Virginia Woolf ?

 

C’est une nouvelle traduction de Daniel Loayza que nous présente le théâtre 14 pour ce « Qui a peur de Virginia Woolf ? » d’Edward Albee dans une mise en scène de Panchika Velez.
Une nouvelle version d’une pièce de 2h15 qui aurait dû être resserrée, surtout dans le dernier tiers qui tire en longueur et où la fatigue se manifeste.

C’est une vision plus intellectuelle qui nous est proposée, moins sauvage, moins animale, pour se concentrer sur la parole.
Le décor de Jean-Michel Adam y contribue avec en fond de salon « bourgeois » une immense bibliothèque, complétée par le bar en forme de globe terrestre.

Tout le monde connait cette histoire pour en avoir entendu parler avec le célèbre film réunissant Elisabeth Taylor (oscar de la meilleure actrice) et Richard Burton en 1967.
Depuis il y a eu moult versions de cette pièce qui fascine, mais qui est très difficile à monter.

 

woolf 6L’argument : Dans les années 60, Martha et George un couple dans la cinquantaine (à noter au passage que le mari, comme il aime à le répéter, est plus jeune) dont la femme est la fille du président de l’université (ou son mari enseigne l’histoire) invite au retour d’une réception donnée par le père, un jeune couple approchant la trentaine, Honey et Nick, dont le mari vient d’être nommé au poste de professeur de biologie dans cette même université et a toutes les faveurs du président.
Martha et George, dès leur retour, entame une scène de ménage d’anthologie et n’attendent pas le jeune couple qui va à son arrivée aller de surprise en surprise.

J’ajouterai, dans ma vision de cette pièce, qu’il y a un cinquième personnage dans cette soirée et pas des moindres : l’alcool.
Sans qui nous n’aurions pas vu éclore cette fulgurante montée de violence plus verbale que physique dans cette mise en scène.
C’est d’ailleurs ce qui m’a un peu gêné, ne m’a permis d’entrer pleinement dans cette scène de ménage, car vu la quantité d’alcool absorbée par les quatre personnages pendant cette soirée, je les ai trouvés un peu trop sages.

woolf 4

Martha et George, un couple « uni » qui s’aime, qui se déchire, qui vit dans l’alcool et qui a besoin d’un auditoire pour vivre pleinement leurs scènes de ménage récurrentes : leur moyen de communication.
Avec leurs secrets, ils avancent tant bien que mal dans cette vie trop monotone par certains côtés.
Ce jeune couple va leur apporter, le temps d’une soirée où tout peut arriver, le piment nécessaire pour relancer la machine.

 

 

Frédérique Lazarini, Martha, vit pleinement son rôle, on la sent absorber par cette colère intérieure, qu’elle libère dans un état second flirtant avec l’interdit. Elle qui aurait aimé avoir un mari plus prestigieux, dont les échecs s’accumulent, semble porter son dévolu sur la jeunesse, sur Nick. Elle donne de toute sa personne pour offrir à Martha toute la démesure, l’extravagance du personnage avec une pointe de perversion, de sadisme.
Stéphane Fiévet, George, a la carrure du personnage et sa fragilité. Il joue ce professeur d’histoire, avec une certaine tendresse, qui a l’air de mieux supporter l’alcool que sa femme et qui gère avec une intelligence surprenante, malgré ses échecs, cette scène de ménage jusqu’à son apogée, jusqu’à sa décision d’y mettre fin : il contrôle les débats.woolf 1
Aurélien Chaussade, Nick, le jeune professeur de biologie, joue délicieusement avec l’ambivalence du personnage : un jeune marié, un jeune professeur choqué par la tournure que prend cette soirée mais qui carrière oblige cède sous les effets de l’alcool aux désirs, aux pulsions que son corps appelle. Il n’a pas la maîtrise de l’alcool d’une Martha ou d’un George : son jeu donne vie à cette vision.
Toutefois j’aurais aimé que sa danse avec Martha soit plus animale, elle est un peu trop conventionnelle. Une approche avec plus de fantaisie aurait mieux convenu au caractère du personnage et la suite qu’il en donne.
Agnès Miguras, Honey, la jeune épouse, danse quant à elle avec aisance dans ce bal qui fomente la guerre des couples. Elle joue avec justesse un personnage de nunuche, personnage qui fait partie des plus durs à jouer dans le théâtre. De surcroit quand en plus il boit, on double les difficultés : eh bien elle s’en sort très bien, elle est crédible et donne de la gaîté dans cette farce cauchemardesque.

A la fin de cette pièce, où libérés des tensions, on pourra se poser la question : quelle leçon ce jeune couple pourra tirer de cette soirée pour son avenir ?
Tout en nous laissant, sur les vapeurs de l’alcool et les rayons du soleil qui pointe son nez, nous séparer du couple formé par Martha et George qui sans doute n’aura pas fini de se déchirer…la suite à la prochaine soirée…

Panchika Velez signe une mise en scène esthétique mais à mon gout un peu trop sage, car l’auteur avait envisagé d’intituler sa pièce « exorcisme », mot qui évoque un déchaînement de violence pour un couple qui va chercher au plus profond de son vécu une libération.

 

« Qui a peur de Virginia Woolf ? » : au théâtre 14, le lundi à 19h, du mardi au samedi à 20h45 et le samedi à 16h, jusqu’au 27 octobre.

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