Le faiseur de théâtre

 

Un véritable coup de gueule de Thomas Bernhard dans sa pièce « Le faiseur de théâtre », mise en scène avec ingéniosité par Christophe Perton, pour la liberté de création, lui qui a gardé au plus profond de sa personne les stigmates du nazisme, en Autriche où il est né en 1931.

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En quelques mots la famille Bruscon, composée de la mère, de la fille, du fils et du chef de famille aux différents qualificatifs comme tyran, despote, le Jules César de ses rôles, à la folie démoniaque, arrive dans une petite ville de moins de 300 habitants au nom imprononçable de Utzbach, et surtout pour Bruscon impossible à mémoriser, pour y produire son œuvre « La roue de l’histoire » ou comme il aime à le préciser sa « comédie de l’humanité », pour cela il est accueilli par un hôtelier subjugué par tant de férocité et sa fille. Une odyssée reliant au fil des interventions les grands maîtres de l’histoire de Churchill à Marie Curie en passant par Napoléon et bien sûr Hitler.

Mais ce jour là tout va de travers, avec une mauvaise foi incommensurable, lui qui trouve toujours un bouc émissaire à ses malheurs ne supporte pas les tableaux accrochés aux murs (dont le portrait d’Hitler), la poussière, l’humidité qui règnent dans cette salle et surtout, surtout, il doit impérativement pourvoir faire le noir complet à la fin de sa pièce afin que celle-ci prenne toute sa puissance, sa vérité : il va falloir convaincre le capitaine des pompiers afin qu’il accepte…

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© Fabien Cavacas

Et c’est le début d’une interminable logorrhée, presque donnée sur une seule respiration, mais comme ce Bruscon joué par André Marcon parle bien, un marathonien de la scène. Un jeu qui pourrait laisser penser à une improvisation « maîtrisée » mais qui en fait n’est pas une, tellement son rôle est bien écrit.
Une master class avant l’heure que tout apprenti comédien, tout élève de conservatoire, devraient venir écouter dans ce beau théâtre Déjazet, pour l’occasion au décor de miroir : le théâtre dans le théâtre, la comédie dans la comédie. Un superbe travail de scénographie de Christophe Perton et Barbara Creutz qui nous interroge sur quelle est notre place dans cette comédie, dans ce, le théâtre de la vie. Un décor tout en harmonie mis en relief par les lumières de Pablo Simonet accompagné des costumes de Barbara Creutz et de la musique d’Emmanuel Jessua.

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© Fabien Cavacas

Nous assistons à la chute d’un homme rempli de désespoir entouré d’une famille soumise. On se demande sans cesse, au cours de ce périple, comment font-ils pour accepter une telle tyrannie ?
Une mère résignée depuis bien longtemps mais qui tousse en forme de rempart, qui accepte sans broncher les remarques dégradantes de son mari, Barbara Creutz joue ce rôle tout en finesse.
Une fille que l’on a envie de secouer, de lui dire de partir, qui accepte par amour, par abnégation, toutes les réprimandes de son père au regard sadique, jouée tout en justesse par Agathe L’Huillier aux yeux émerveillés de petite fille.
Un fils qui supporte les reproches de son père en s’évadant grâce à la musique qu’il cale sur ses oreilles, faisant ainsi un écran devant son père : le champion de la misanthropie, joué tout en souplesse par Jules Pelissier, un maître des cabrioles.

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© Fabien Cavacas

Les enfants qui sont le rayon de soleil dans cette bien lugubre épopée.
Mais il y aussi l’hôtelier qui supporte avec un détachement surprenant la tyrannie de ce despote, jamais satisfait, joué tout en couleur par Eric Caruso. Cet hôtelier accompagné par sa fille très discrète jouée par Manuela Beltran.

 

Et pour animer cette dramaturgie qui me fait penser à un film de Jacques Tati inversé, il fallait un metteur en scène de choix, qui comprenne toute la finesse du texte de Thomas Bernhard, c’est le cas de Christophe Perton, qui a mis exergue l’essence de ce texte sans se perdre dans la caricature : un faiseur de théâtre qui est incontournable en cette rentrée théâtrale.

 

« Le faiseur de théâtre », une production de Scènes et Citées, au théâtre Déjazet, du lundi au samedi à 20h30, jusqu’au 09 mars.

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