L’un de nous deux

 

« L’un de nous deux » de Jean-Noël Jeanneney dans une mise en scène de Jean-Claude Idée au théâtre du Petit Montparnasse est une rencontre, un duo, un duel entre deux figures notoires de l’Etat Français : la gauche contre la droite, Jaurès contre Clémenceau.

Ce 10 septembre 2019 marque les premières de trois spectacles consacrés à la seconde guerre mondiale.
Après les admirables « Tempête en juin » et « Suite française » au théâtre La Bruyère, c’est au tour du théâtre du Petit Montparnasse d’entrer dans la danse avec ce remarquable « L’un de nous deux » qui propose une saine méditation.

 

Affiche-LUn-de-nous-deux-webGeorges Mandel, de son vrai nom Louis Rothschild, et Léon Blum s’affrontent, s’apostrophent, dans un duel philosophique des plus prenants. Un dialogue qui va crescendo, qui débute comme une conversation de salon dans les brumes nauséabondes d’une « prison » pour finir dans un duel au fleuret moucheté, chacun défendant sa vision passée et future de la France.
Nous sommes en juin 1944, aux portes du camp de concentration de Buchenwald dans un quartier spécial destiné aux hommes politiques où les fenêtres donnent sur le camp.
Des fenêtres animées où l’on voit passer des convois, des avions, des allemands accompagnés de chiens à la poursuite d’évadés. Une très bonne idée et une très belle réussite que ce décor vivant de Jean-Claude Idée, dans un lieu où la mort est omniprésente.

Emprisonnés auparavant en France, depuis 1940, Léon Blum et Georges Mandel, ont tous deux été livrés par Pétain aux allemands pour servir d’otages lors d’éventuelles représailles ; Mandel y rejoindra Blum déjà incarcéré dans ce camp.
Leur religion commune sera la perte de « L’un de nous deux ».

L’étonnant, la coïncidence, est que leur prison est à quelques encablures de la ville de Weimar, lieu historique de rencontre entre Goethe et Eckermann. Une rencontre évoquée dans le livre de Mandel en 1901…nouvelles conversations…où la liberté est un sujet brûlant.

J.STEY_MG_1138-_MG_1138Un regard profond sur l’engagement, la fidélité, écrit avec beaucoup de passion par un agrégé d’histoire : Jean-Noël Jeanneney. Ses répliques imaginaires sonnent justes et l’on se plaît à les écouter dans ce qui les sépare pour au final les rassembler. Un point de vue pour nous public très intéressant, car l’action, à un instant donné, ne peut anticiper sur ce que nous connaissons actuellement, sur ce qu’est devenu l’état français après cette deuxième guerre mondiale, aussi terrible que peut être ce mot « deuxième », en y préférant « seconde ».

Entre passé et futur nos deux hommes dialoguent, expriment avec fougue ce qui les a engagés dans la politique, évoquant leurs inspirateurs : Jaurès pour l’un et Clémenceau pour l’autre : deux figures défendant leurs idéaux et leurs espérances ayant pour point commun la nation. Un Jaurès qui aurait voulu empêcher la guerre de 14 et un Clémenceau qui l’a gagnée : tout un programme d’échanges sur la fidélité dans la politique que nous dévoilent nos deux protagonistes.

De tempéraments opposés, les deux hommes, résistants dans l’âme, nous livrent dans une pudeur toute relative leurs angoisses, leurs regards sur la vie, sur la mort, la souhaitant même parfois pour « le scélérat ».
C’est d’ailleurs la mort du ministre collaborationniste de la propagande Philippe Henriot par la résistance française qui déclenchera les représailles et conduira au rapatriement de Mandel en France pour être fusillé par la milice en forêt de Fontainebleau le 07 juillet 1944.

J.STEY_MG_1404Dans une mise en scène sobre, épurée, fine, centrée sur nos deux héros, Jean-Claude Idée a choisi deux comédiens investis intelligemment dans leurs rôles.
Emmanuel Dechartre a la rondeur, la sagesse, l’expérience, la bienveillance avec son sourire très présent dans son jeu qui sied à Blum.
Quant à Christophe Barbier que je découvre en tant que comédien, il fait oublier son métier de journaliste en jouant sincèrement le côté bourru, froid, intransigeant et l’esprit clairvoyant de Mandel, jusqu’à l’émotion finale palpable.
Sans oublier un personnage clé, celui qui distribue les cartes, entre autres celle de la mort, joué tout en humanité, et pour un « nazi » c’est tout un symbole, par Simon Willame. Un rôle qui articule le récit.

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Un duo à voir sur scène qui régale le public par son dialogue incisif, dans un esprit de liberté utile à nos oreilles.

 

« L’un de nous deux » au théâtre du Petit Montparnasse, du mardi au samedi à 19h, matinée le dimanche à 15h.

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