La famille Ortiz

 

« La famille Ortiz » de et mise en scène par Jean-Philippe Daguerre au théâtre Rive Gauche est l’histoire d’une famille extraordinaire évoluant entre la fable et le conte fantastique.

Sésame ouvre-toi !

 

afficheJean-Philippe Daguerre qui m’avait subjugué avec « Adieu Monsieur Haffmann » (aux quatre Molières), une nouvelle fois me cueille, me fascine avec sa nouvelle aventure familiale. Une histoire au paroxysme de l’émotion dans une simplicité de jeu bouleversante. Un jeu au service du texte à la poésie éclatante par une troupe chorale, unie jusque dans l’adversité.

Cette pièce de théâtre avec tous ses codes me donnait l’impression d’assister à un concert, un ballet comme celui que m’évoque « Le tricorne » de Manuel de Falla : un vrai travail d’équipe.
Une musique aussi symphonique aux allures pastorales, héroïque avec une pointe de requiem, avec à sa tête un chef d’orchestre Jean-Philippe Daguerre qui reste dans l’ombre (ne dit-on pas qu’une bonne mise en scène ne se voit pas, dans ce cas présent, il excelle !) et qui dirige discrètement via la voix du narrateur, qu’il confie intelligemment à ses comédiens, ses différents mouvement allant de l’allegro, à l’andante, au largo, au scherzo en passant par le Vivace.
Une partition jouée sans fausses notes par une famille émouvante.

 

o 1Autour de cette question cruciale : faut-il dire la vérité ou la cacher par amour ?
Jean-Philippe Daguerre a cousu de main de maître un patchwork composé de différents morceaux à la taille, la texture, la couleur, aux saveurs qui s’assemblent merveilleusement sous nos yeux ébahis.
En complément de cette notion fondamentale, se pose aussi la question jusqu’où une mère peut-elle se sacrifier ? Jusqu’à quel sacrifice, le mot clé de cette histoire, peut-elle aller par amour ? Par amour de ses enfants, de son mari ? Dans quel ordre le privilégier ?

La vérité se cache derrière un secret que vous découvrirez en allant voir vivre cette famille composée, comme aime la décrire l’auteur, d’un père Miguel insubmersible, d’une mère Marie protectrice et d’une fratrie joyeuse : Madiba, Ali et Lino pour l’intimité et Pierre, Paul et Jacques pour l’état civil. Une famille qui s’aime, qui se déchire, où les joies, les rires, côtoient les larmes. Une émotion palpable sur les visages des comédiens investis dans leurs rôles jusqu’à la racine des cheveux. Des visages sincères qui s’illuminent, qui se ferment, qui réfléchissent, qui s’aiment.

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Cette famille est une pépite d’or 18 carats qui brille de mille feux sous les lumières d’Aurélien Amsellem, et dans l’arène dominée par un père au glorieux passé de torero. Sur une musique aux sonorités ensorcelantes d’Hervé Haine et dans un décor modulable de Juliette Azzopardi ingénieusement élaboré, les belles chorégraphies des combats de Florentine Houdinière, de cette danse du taureau piqué dans sa chair par les banderilles habillée avec beaucoup de belles couleurs par Virginie H, illustrent magnifiquement cette épreuve. Ce conflit qui va faire éclater cette famille et conduire le fils aîné à s’exiler au Japon pour y trouver la sérénité, l’amour et sa voix : Inch Allah comme dirait la mère !
D’ailleurs faut-il couper le cordon pour s’affranchir, grandir, se construire, se réaliser : réussir ? Une vaste question qui mérite réflexion.

Mais un fils qui a menti à sa femme qui va bientôt lui offrir le fruit de leur amour et qui ne peut pas continuer dans cette voie s’il ne veut pas mettre en péril son couple.
Un fils qui présente, en couchant sur le papier, son périple dans son journal intime qu’il donne à sa femme en guise de demande de pardon. Et c’est la lecture de cette confession qui va nous faire faire un bon en arrière dans le temps et nous expliquer dans le détail le pourquoi du comment : savoir pourquoi son mari en est arrivé à cette extrémité.

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Une famille Ortiz qui ne peut pas vous laisser indifférent.
Bernard Malaka est aussi crédible, savoureux, dans « La collection » de Pinter ou encore dans « Le fil à la patte » de Feydeau que dans le rôle de ce père Miguel à la passion débordante d’amour pour sa famille.
Inoubliable dans « L’affaire Courteline », Isabelle de Botton joue sa femme Marie en toute sincérité, simplicité, elle est attachante à souhait. Elle nous emporte avec joie dans ses rires malicieux.
Et la fratrie composée par Madiba – Pierre, le fils aîné joué tout en conviction par Stéphane Dauch qui nous donne envie de le protéger, de le réconforter. Il est digne jusqu’à la fin de cette histoire aux allures extraordinaires.
Ses frères, les jumeaux Ali et Lino, sont joués tout en couleurs par Antoine Guiraud et Kamel Isker. Ils sont excellents dans leurs danses macabres et leurs innocences de petits frères.
Claire, femme de Pierre, le personnage clé de cette famille, est jouée tout en finesse par Charlotte Matzneff. Celle qui porte en elle le fruit de la réconciliation et quoi de plus merveilleux comme symbole d’une naissance au moment de Noël de l’enfant prodigue.

 

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Que c’est beau le théâtre quand on sort de la salle avec les yeux remplis d’émotions, les yeux encore humides, le sourire sur les lèvres et la sensation d’avoir assisté à un spectacle remarquablement, subtilement écrit pour apporter du rêve, de la réflexion, dans ce monde perturbé par tant de déchirements.

 

Sésame ferme-toi !

« La famille Ortiz » au théâtre Rive Gauche, du mardi au samedi à 21h, matinée le dimanche à 15h.

P.S. pour ceux qui n’auraient pas vu « Adieu Monsieur Haffmann », cette pièce se joue dans ce même théâtre à 19h : qu’on se le dise !

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