24 Avril 2026
« Une autre histoire du théâtre », écrite et mise en scène par Fanny de Chaillé sur la scène de la salle Tanka du Centre culturel Peyuco Duhart à Saint-Jean-de-Luz, une programmation de la Scène nationale du Sud-Aquitain, est un patchwork de l’histoire du théâtre vue par le prisme ludique de la jeunesse.
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Une heure : c'est le temps imparti par l’autrice pour balayer l’histoire du théâtre, de l’Antiquité à nos jours, en faisant l’impasse sur Molière — il y aurait trop à dire… enfin, presque…
Pendant une heure, Valentine, Margot, Tom et Malo vont donner de leur personne, au sens propre comme au sens figuré. Dans un travail collectif, ils nous font comprendre ce qui les motive à être comédiens : comment ils ont rencontré la scène et pourquoi elle est devenue leur raison de vivre. Tout en nous interpellant : « Qu’est-ce que le théâtre pour vous ? »
Mille personnages vont traverser le plateau, s’incruster dans les dialogues, parfois jusqu’à s’y perdre, mais toujours avec la volonté de partager et d'expliquer cette passion. C’est avec l’évocation de Louis Jouvet dirigeant Elvire dans la scène VI de l’acte V du Dom Juan de Molière (« Ne soyez point surpris… ») que s’ouvre devant nous cette rencontre aux multiples rebondissements et aux facettes théâtrales foisonnantes.
Ils nous confient que le métier de comédien demande, entre autres, de la discipline et le goût du travail — le tout évoqué sous les traits de Jeanne Moreau.
Nous ne pouvons que leur donner raison : un labeur qui leur permet de se transcender et de dépasser leur timidité une fois sous les projecteurs.
Que le théâtre soit joué en français, en anglais ou dans toute autre langue, la rencontre avec « la peau » du personnage donne vie à la pièce. William Shakespeare est passé par là, et nous avons bien ri.
Par ailleurs, un peu plus tard, le passage effronté d’un chien viendra ajouter d’autres rires, pour le plaisir du spectateur.
Le corps, la voix et l’imagination sont les piliers de l’art du comédien dans une relation indissociable entre la scène et la salle. Le spectateur, dans sa fonction, tient un rôle primordial dans toute interprétation. C'est un équilibre délicat à trouver dans la construction du personnage, où le plateau devient le laboratoire du comédien, chacun y apportant ses références, ses envies ou ses rêves : un véritable engagement collectif.
On notera aussi le débat sur la place du metteur en scène. Doit-il être individuel, directif ou collectif ? Dans quelle mesure respecte-t-on ce qu’apporte le comédien dans son désir de jouer et sa capacité à transmettre ? C’est une forme de remise en question de la hiérarchie artistique.
Ce patchwork d’éléments scéniques et de références, judicieusement assemblés, surprend par son audace. Il nous confronte à un sujet auquel on ne pense pas forcément en entrant dans une salle : la relation essentielle et réflexive entre l'acteur et son public.
La mise en scène vivante, rythmée et stimulante de Fanny de Chaillé, alternant entre discours et jeu, fait la part belle aux comédiens, parfaits dans leurs expressions et leur possession de l’espace. Les lumières de Willy Cessa et la musique de Malo Martin accentuent l’intensité dramatique de l’expérience.
Valentine Vittoz, Margot Viala, Tom Verschueren et Malo Martin, avec beaucoup d'humour et d'autodériqion, excellent dans cette proposition décoiffante. Leur énergie et leur implication nous captivent jusqu’à la dernière réplique — que je vous laisse découvrir, car elle pourrait bien relancer le débat !
« Une autre histoire du théâtre » sur la scène de la salle Tanka à Saint-Jean-de-Luz, une programmation de la Scène nationale du Sud-Aquitain.
Crédit photos : @ Marc Domage
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