Madame van Gogh

 

« Madame van Gogh » de et mise en scène par Cliff Paillé au Studio Hébertot est une vision colorée du parcours de l’Artiste, écorché par la vie, venu d’une terre des Pays- Bas, par un prisme particulier, celui de la correspondance.

 

afficheNous sommes en 1891, Vincent van Gogh décédé en juillet 1890, est rejoint dans l’éternité par son frère cadet Théo, marchand d’art, en janvier 1891.
Quelques mois les séparent dans cette douloureuse épreuve, mais ils restent unis dans ce petit cimetière d’Auvers-sur-Oise où le lierre qui recouvre leur tombe ne cesse de tisser, de renforcer leurs liens fraternels : un pied de nez à la vie.

L’épouse de Théo, Johanna, l’exécutrice testamentaire, fait alors le tri de l’abondante correspondance que son mari a entretenue avec son frère.
Comment ne pas les trahir ? Que doit-elle faire des nombreuses toiles que son beau-frère a laissées derrière lui, sans savoir qu’elle détient un trésor inestimable.
Elle doit gérer cet héritage, en mémoire de son mari mais aussi en celui de leur fils Vincent.

C’est un jeune peintre Emile Bernard, écrivain à ses heures, à la fougue communicative, qui la bouscule dans ses retranchements en voulant absolument donner un éclairage mérité à cet artiste peintre tombé dans l’indifférence totale.

Il n’a pas vingt ans quand il rencontre Vincent van Gogh à l’hiver 1886-1887 à Paris.
De cette relation, il en garde un émerveillement qu’il veut communiquer au monde entier.
Pour cela il doit convaincre la veuve du frère Théo de lui prêter des toiles pour organiser une exposition à la gloire de Vincent afin de rétablir son exceptionnel talent, lui qui n’a pas vendu de son vivant.Mme Van Gogh-39

Un dialogue épistolaire s’installe entre ces deux êtres qui chacun à leur manière veut lutter contre l’oubli, contre l’indifférence de deux personnes aux destinées liées à jamais.
Puis la houle des échanges, l’incompréhension des finalités fait rencontrer ces deux passionnés.
Sur une toile de Vincent van Gogh, un peu trop jaune au goût de Johanna, avec ses tournesols qui font tourner la tête, elle s’en sert comme plateau pour servir le café à son invité obsessionnel.
Des rencontres de plus en plus rapprochées pour mettre en lumière l’œuvre bouleversante de Vincent dans un parcours imagé de nos paysages français.

Des correspondances enflammées, très détaillées, qui mettent en exergue la vision de Vincent van Gogh sur ses contemporains qu’ils soient issus du monde artistique (peinture, littérature) ou civil, sur la dynamique de sa création, de leur relation passionnelle.

Un Emile Bernard qui ne conçoit pas que l’on puisse détruire les toiles de Vincent van Gogh comme l’évoque Johanna. Lui qui veut tout simplement le ressusciter.
Comment jeter dans l’oubli un peintre qui a fréquenté, par l’entremise de son frère Théo, Gauguin, Pissarro, Toulouse-Lautrec, Seurat, Signac…
Et comme le souligne Emile Bernard, en faisant référence à Paul Signac, le pointillisme cela va un temps…
Un Vincent van Gogh dont la palette de couleurs va évoluer radicalement sous l’influence des impressionnistes, le conduisant vers la maturité de son œuvre.

Cliff Paillé nous propose un récit de ces vies en y apportant délicatement des touches colorées, poétiques, où la réflexion communique avec le rire, la passion. Il apporte ses yeux d’enfant émerveillés par la singularité de cette relation fraternelle, amoureuse, de cette correspondance léguée à la postérité.

Un texte ciselé joué avec bonheur, avec ardeur, par deux comédiens plus vrais que nature dans leurs compositions laissant libre cours aux émotions.Mme Van Gogh-23

On a l’impression de voir apparaître sur scène Emile Bernard bondissant comme un jeune cabri à l’emballement débordant. Romain Arnaud-Kneisky par sa fraîcheur de jeu, nous captive, nous fascine et nous sert une palette de couleurs passant de la candeur à la cocasserie avec une légèreté déconcertante.

Lyne Lebreton, plus réfléchie, nous touche avec sa sincérité de jeu. Elle est une mère qui doit penser à l’avenir de son fils. Elle temporise les ardeurs de ce jeune chien fou pour au final abonder dans son sens. Elle est très belle dans la peau de cette femme écorchée elle aussi par la vie.

La mise en scène fluide et sobre de Cliff Paillé met en lumière, via une conversation dans une interprétation irréprochable, la beauté des peintures de Vincent van Gogh, les blessures de sa vie, dans un décor épuré mais qui avec ces toiles projetées sur une immense surface, à la netteté impressionnante, nous emportent dans le monde du mythe van Gogh.

Mme Van Gogh-28

 

N’hésitez pas à rendre visite à Madame van Gogh : un face à face instructif, rempli d’humour et poétique à la fois dans le monde de cet artiste parfois qualifié injustement d’« artiste maudit » !

 

 

« Madame van Gogh » au Studio Hébertot, le dimanche à 19h30 et le lundi à 19h, jusqu’au 16 décembre.

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