Le Misanthrope

 

« Le Misanthrope » de Molière mis en scène par Chloé Lambert et Nicolas Vaude au théâtre du Ranelagh est une version fleurie, moins formelle, plus légère, que celles jouées habituellement.

 

afficheAprès nous avoir régalés dans « La collection » d’Harold Pinter et « Localement agité » d’Arnaud Bédouet, Nicolas Vaude est de nouveau sur scène mais cette fois-ci en compagnie de Chloé Lambert, avec qui il signe la mise en scène de ce Misanthrope, un rôle qui le hante depuis longtemps et qui devient enfin réalité : celui d’Alceste.
Mais un Alceste qu’il voulait partager avec Chloé Lambert, sa Célimène.

Cinq actes pendant lesquels ce pauvre Alceste va tout faire pour se retrouver seul, face à face avec la belle Célimène afin qu’elle lui déclare sa flamme, convaincu qu’il est l’homme de la situation.

Cinq actes pendant lesquels Alceste va devoir combattre ses vieux démons sans y parvenir : toute l’humanité ne trouve grâce à ses yeux, rien ne sert de la fréquenter.
Sa réplique « Je veux qu’on soit sincère » restant lettre morte aux yeux du monde, notamment aux yeux de Philinte son ami.
Un démon qui déclenche trop souvent son courroux, notamment avec la célèbre scène du sonnet d’Oronte, dont les conséquences seront désastreuses : un farouche idéaliste qui fait fi des conseils que Philinte lui prodigue.

misan 1Une mise en scène qui allie le classique au moderne, le contemporain au passé, telle cette scène d’ouverture avec une boum chorégraphiée par Karine Briançon au son des paroles de « Voulez-vous coucher avec moi ce soir ? »…tout un programme…
Une musique importante dans cette mise en scène mêlant le piano jazz à quelques notes du Requiem de Mozart en passant par les concertos brandebourgeois de Bach.

Un rythme endiablé laissant libre cours à la beuverie, au plaisir tout simplement de la fête mais qui ne sied pas à Alceste, qui finit par se boucher les oreilles, lui qui ne rêve que de désert…
Une occasion encore ratée de pouvoir dialoguer seul avec Célimène ; son combat de chaque instant. Une Célimène qui porte admirablement le veuvage pour son époque laissant manifester sa liberté de choix.misan 5

 

Un rythme aussi dans les paroles qui confère à cette version une touche de modernité, sans parler des costumes de Carole Gérard et des décors de Thibault Ameline où la légèreté et l’insouciance des abondantes fleurs colorées viennent s’opposer à la noirceur des propos.
N’oublions pas que nous sommes dans le siècle du roi soleil, galerie des glaces oblige, des miroirs aux effets pervers, ne permettant pas de cacher ses pensées.

Un combat acharné, décisif, entre la très féminine Célimène à la coquetterie assumée et Alceste à l’ego surdimensionné, sera la clef de cette version dans laquelle entre autres les petits marquis viendront nous divertir avec leur combat de coqs.

Nicolas Vaude a apporté dans son interprétation, une nouvelle fois son ADN : sa démarche et son phrasé si particuliers, qui à chaque fois que je le vois sur scène me donnent beaucoup de plaisir.
Quant à Chloé Lambert, elle accuse une légèreté, une insouciance qui fait tourner les cœurs consciemment ou inconsciemment. Elle aime être courtisée et cela se voit.misan 4
Laurent Natrella est un Philinte habile de ses mains (au piano) et de son verbe, un lien entre les deux héros, préoccupé par l’avenir de son ami Alceste mais aussi amoureux d’Eliante, la cousine de Célimène.
Une Eliante jouée tout en discrétion par Nathalie Boutefeu accompagnant de sa maturité Philinte dans ses démarches.
Pierre Val dans Oronte, Arthur Sonhador et Raphaël Duléry dans les petits marquis Acaste et Clitandre, Hélène Barillé dans Arsinoé, complètent cette distribution sans oublier mon petit coup de cœur pour Clara Arthur Vaude avec ses joyeuses facéties dans les rôles du Basque et de Du Bois.

 

misan 2Des sous-titrages en anglais donnent l’accès à un public étranger à cette pièce, une très bonne et rare initiative. Mais alors soit la soufflerie du projecteur est trop forte ou soit les comédiens ne parlent pas assez fort, car il m’a fallu tendre l’oreille plus d’une fois pour entendre les répliques, ce qui gâche le plaisir de l’admiration du propos et du jeu.

 

« Le Misanthrope » au théâtre du Ranelagh du mercredi au samedi à 21h, matinée le dimanche à 14h30, relâche le 25 mars.

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