La journée de la jupe

 

 

« La journée de la jupe » de Jean-Paul Lilienfeld dans une mise en scène de Frédéric Fage au théâtre des Béliers Parisiens est d’une violence inouïe qui pose la question de la place, dans notre société, réservée à ces adolescents des banlieues dites difficiles, et c’est un euphémisme, qui deviendront prochainement des adultes.

 

LaJourneeDeLaJupe_40x60_BDAprès le succès rencontré par son film en 2008, l’auteur a décidé de transposer son huis clos sur une scène de théâtre, bien lui en a pris, le résultat est saisissant.
Et malheureusement en lisant le résumé du film, on se dit que rien n’a changé, si ce n’est empiré avec les actes terroristes qui ont endeuillé entre autres notre pays.

Pour éviter tout malentendu, je précise que je n’ai pas vu le film qui a tout de même reçu 22 prix à travers le monde dont le César de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani.

Une professeure de français au nom de Sonia Bergerac, bien trouvé pour sa fonction : un Bergerac qui voulait séduire sa belle, ici une professeure qui tente de séduire, d’attirer l’attention de ses élèves, qui sont plus préoccupés à marquer leur territoire que de s’intéresser à la vie de Molière, de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin.
Un Molière qui déjà en ce temps prit ce nom pour échapper à sa condition et préserver sa vie.
Deux jeunes machistes au possible, deux caïds plus exactement font régner la terreur dans la classe et en dehors, au vocabulaire très déplacé vis-à-vis de leur professeure et de la femme en général, ont décidé de n’en faire qu’à leur tête.
Gravitent autour d’eux, deux jeunes adolescentes et un jeune qui se fait racketter régulièrement par ces deux lascars. Le tout forme un groupe chaotique ingérable qui n’inspire pas le respect.
Car au-delà de « la place » des immigrés en France qui composent cette classe, reflet de la société, je me pose la question de la responsabilité des parents dans leurs éducations (bien qu’elle soit évoquée subrepticement) : l’école est faite pour instruire et les parents pour éduquer.
L’école dite laïque, lieu de cohabitation de toutes les composantes de notre société ne peut pas tout. Entre la démission d’une partie du corps professoral et la répression des autorités, quel bâton faut-il choisir ?
Les tensions, bien plus aujourd’hui qu’hier, ne faisant que grandir : quelle est la troisième voie ?Journée jupe 1 HD©Fabienne Rappeneau

Une professeure, qui tente désespérément de faire son cours, perd le contrôle de ses nerfs, panique et arrive à se saisir d’un pistolet appartenant à l’un des caïds, refait surface et impose « sa loi ».
Elle prend en otage les élèves de la classe pour se faire entendre et compte tenu des propos de la première scène, on ne peut avoir que de l’empathie pour elle.
Seulement les caïds se croient invulnérables et l’un deux en faisant le mariolle reçoit une balle dans la jambe.
Elle qui au final n’a même pas de revendications à exposer au conciliateur qui ne manquera pas de se manifester pour tenter de trouver une solution pacifique à ce conflit.

A ce moment là, commence un dialogue mettant en évidence les carences de notre société.
Fatalement les sujets du racisme sur les étrangers, les musulmans, les juifs ou encore le viol, la domination de l’homme sur la femme ou le racket sont mis sur la table : quid de la cohabitation ? Est-elle possible ?

Tout cela ayant pour point de départ une femme qui voulait simplement s’habiller avec une jupe…dans quelle France vivons-nous ?

Journée jupe 3 HD©Fabienne RappeneauUne colère au milieu de cette souffrance qui se manifeste verbalement et physiquement mais qui petit à petit change de camp pour laisser place à un dialogue constructif orienté vers l’espoir.

Une scénographie épurée éclairée par Olivier Oudiou et une mise en scène cash de Frédéric Fage, épaulée par des vidéos très explicites de La cabane aux fées, notamment avec celles de l’intervention du principal, donnent un résultat musclé à ce huis clos que l’on reçoit comme un uppercut dans la mâchoire et qui nous tient en haleine jusqu’à la fin.

Gaëlle Billaut-Danno est incroyable de justesse dans son jeu, on a envie de venir à son secours et de la réconforter. De la détermination à l’émotion, sa palette de jeu est lumineuse.

Un jeu mis en évidence par l’équilibriste Julien Jacob dans le rôle du négociateur. Il apporte la temporisation nécessaire à cette farce qui tourne au drame.

Journée jupe 2 HD©Fabienne RappeneauQuant aux jeunes, ils sont percutants dans leurs expressions tant ils nous révulsent et pour certains nous attendrissent par la suite. Des jeux francs, déstabilisants, sans fausse note, qui mettent à mal notre modèle de société.
Sylvia Gnahoua dans Rachida, Amélia Ewu dans Nawel, Hugo Benhamou-Pepin dans Rachid, Lancelot Cherer dans Mehmet et Abdulah Sissoko dans Mous forment cette distribution talentueuse.

 

Une journée de la jupe qui au final aura vu le jour avec des élèves d’un lycée d’Etrelles près de Rennes.
Une pièce coup de poing magistralement interprétée, à ne pas rater.

 

« La journée de la jupe » au théâtre des Béliers Parisiens, du mardi au samedi à 21h, matinée le dimanche à 15h.

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