Compagnie Illicite Bayonne

Pour la réouverture du théâtre Michel-Portal, retour remarqué de la Compagnie Illicite Bayonne, dirigée par son directeur artistique et chorégraphe Fábio Lopez.

C’est un spectacle inédit que propose Fábio Lopez avec ses danseurs, un spectacle fruit d’un travail minutieux, de créations répétées pendant le confinement en mettant à l’honneur trois femmes chorégraphes.

Une ouverture de ballet qui donne le tempo, sur une musique de Jon Hopkins, avec les élèves du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, dans un extrait du ballet « Entity » du chorégraphe britannique Wayne McGregor.
Un chorégraphe qui aime traverser différents univers, un touche à tout : cinéma, mode, théâtre, opéra, musique…

« Entity » fut récompensé par nombreux prix et les élèves du conservatoire ont brillamment relevé le défi.
Un travail de groupe aux découpages individuels dans une géométrie, un graphisme aux lignes entrecoupées. Du classique à la sauce moderne. Des bases indispensables pour mener un tel projet, un tel ballet.
Il y a de quoi être désarçonnés pour ces élèves qui se sont lancés dans un projet périlleux. Du bout des doigts aux pointes des pieds la technique est présente mais ne se voit pas.
On voyage dans un mélange de masculinité et de féminité où les corps disloqués ne font plus qu’un sur scène.

Une musique robotique qui rappelle les battements du cœur, intensifiée par une couleur blanche limite aveuglante : la vie, la mort, un cycle perpétuel d’une intensité dramatique présente dans les pas de : Esteban Appesseche, Lucie Domenach, Alexandra Fribault, Eva Galmel, Erwan Jeammot, Jérémie Lafon, Noémie Langevin, Nirina Olivier, Matteo Bellio-Real, Xu Su

Sous les doigts de la sublime pianiste Khatia Buniatishvili dans le prélude et fugue en la mineur de Franz Liszt débute le ballet « Nos Omnes » chorégraphié par Nicole Muratov.

Une chaîne humaine où chaque maillon se cherche, cherche à communiquer sans trouver son interlocuteur. Un bateau ivre dérivant sur l’océan d’une danse à quatre entités.

Un rapprochement impossible des êtres, comme avec cette image d’une limaille de fer jouant sur les effets d’un aimant capricieux aux rondeurs souples et instables de la piste de la vie éclairée par Aïtz Amilibia.


Les maillons Arnaud Daffan, Coline Grillat, David Claisse et Margaux Pagès ont réussi à nous emporter sur une vague encorcelante.

Martha Graham dans son ballet « Deep song » nous transporte dans les méandres de l’épreuve, du chagrin, de la solitude sur la musique « Sinister Resonance », tout un programme…
On assiste au combat d’un corps torturé, celui d’une femme, interprétée ici par la jeune danseuse Océane Giner, ayant comme bouclier, comme armure, comme rempart, un simple banc blanc contrebalancé par un costume aux rayures noires et blanches rappelant les colonnes de Buren.

Nous sommes à la fois attirés par la souffrance de cette femme et spectateurs de sa partie d’échecs ou de dames, allez savoir…qui va gagner ?

C’est au tour de Ludmila Komkova d’entrer dans la danse avec son ballet « Moîrai » sur une musique rafraîchissante, le jeu de vagues de Claude Debussy.
Des vagues aux accents de la mythologie grecque, nappées d’un brouillard qui rythment la vie, de son éveil jusqu’à sa mort, tissées par les divinités du destin : Clotho, Lachésis et Atropos.

Trois femmes qui dans un jeu animal veulent défendre dans une force au pouvoir démesuré, singulier, leurs destins. S’entrechoquent, s’entremêlent, le présent, le futur et la fin : que choisir ?
Des ronds dans l’eau qui aux vibrations maléfiques s’attirent et s’opposent.
Faut-il en passer par la mort pour apprécier la vie ?
Faut-il unir la fratrie ou la morceler ? Diviser pour régner ou s’unir pour la vie ?

Nos trois divinités à la blancheur immaculée virevoltent avec grâce  sur ce plateau du théâtre Michel-Portal.
Dans une lumière aux géométries calculées de Aïtz Amilibia, Coline Grillat, Margaux Pagès et Raquel Morla nous ensorcèlent pour contrôler nos émotions.

Les émotions seront palpables dans ce dernier ballet que compose cette soirée.
Fábio Lopez nous régale avec sa création « Crying after midnight ».

Le romantisme par excellence prend forme, prend corps sur les notes de Frédéric Chopin et les pas de nos trois duos.
C’est sous les doigts de sa compatriote Maria João Pires que Fábio Lopez a choisi de nous émouvoir avec le prélude 4 et les nocturnes 18,19 et 8.

L’histoire du couple en trois étapes : la recherche, la passion et la maturité.
Un ballet où l’équilibre s’harmonise judicieusement entre force, précision et émotion.
Une pureté des corps, des mouvements dans une poésie amoureuse à la tentation décuplée.
Un premier pas de deux interprété avec conviction par Arnaud Daffan et Margaux Pagès qui m’a fait penser à un poème de Charles Baudelaire « A une passante » Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté Dont le regard m’a fait soudainement renaître, Ne te verrai-je plus que dans l’éternité? Une rencontre suspendue dans le temps.

Le temps de la passion du couple est venu avec ce deuxième pas de deux qui m’a donné des frissons et remporte mon coup de cœur de cette soirée.
Tomas Pedro et Raquel Morla nous font vivre dans une très belle énergie et complicité cette parade amoureuse où la sensualité très présente nous enivre de bonheur.
Un plus quand on sait que Tomas Pedro a seulement repris le rôle il y a deux semaines.
Un pas de deux qui a aussi été applaudi par le public et qui à chaque fois déclenche les émotions chez Fábio Lopez, son chorégraphe.

Il est temps de prendre congé avec « le couple » dans cet exercice de la maturité que défendent sereinement Coline Grillat et David Claisse dans ce troisième pas de deux.
Du moment de solitude en passant par le vécu indissociable de leurs pas enchevêtrés, nos danseurs engagés suspendent le temps pour mieux le maîtriser.

Une belle histoire que nous a contée Fábio Lopez qui m’a confié à l’issue de cette soirée que son élément déclencheur pour créer un ballet est une musique ou un poème : quoi de plus évident quand on assiste à cette création.

Son souhait le plus cher, son rêve, serait aussi d’avoir une compagnie « fixe », un CDI en quelque sorte : croisons les doigts afin que cela se concrétise !
Il le mérite.

Théâtre Michel-Portal, samedi 19 juin 2021

2 réflexions sur « Compagnie Illicite Bayonne »

  1. Comme j’aurais aimé le voir !

    Mais c’est à Bayonne !

    Bises

    J'aime

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