La maison du Loup

 « La maison du loup » de Benoit Soles dans une mise en scène de Tristan Petitgirard au théâtre du Chêne Noir  est une bouffée d’air pur, un retour à la vie d’un homme torturé qui va à la rencontre de son destin.

Dès les premières secondes nous sommes pris par la musique envoutante de Romain Trouillet qui ne nous lâchera pas jusqu’au dénouement.

Par un bel été 1913, Charmian sous les traits d’Anne Plantey, le rayon de soleil de cette aventure, et non Mme London, elle déteste qu’on l’appelle ainsi, une féministe avant l’heure, prend l’air sur la terrasse de l’immense demeure, la maison du Loup, que son mari a fait construire grâce à ses droits d’auteur.
Elle attend l’arrivée d’Ed Morell qu’elle a souhaité rencontrer pour lui confier une mission, acheter la nouvelle qu’il a écrite pour fournir un sujet à son mari en manque d’inspiration.

Mais Ed Morell, prisonnier qui vient d’être libéré d’un enfermement de quinze années, n’a quant à lui qu’une idée en tête : sauver de la peine de mort Jacob.

Un codétenu qui lui a permis de survivre, par l’apprentissage de l’autohypnose, de conditions de détention hallucinantes qui le marqueront à vie dans sa chair. De plus, ce n’était pas du tout ce qui était convenu pour sa visite.
Une magnifique scène qui vous prend aux tripes, jouée par Benoit Solès, vous dévoilera tous les sévices que cet homme a dû subir mentalement et physiquement pendant son incarcération.

Il apparaît donc canne à la main, rempli d’espoir pour son ami Jacob, suivi par Jack London, dont Amaury de Crayencour s’est emparé du rôle avec fougue et passion, le célèbre écrivain américain qui connaît le procureur en charge de la prison et qui a pour compagne entre deux verres de whisky, entre deux moments de lucidité, une page blanche.

Un face à face des plus poignants viendra alimenter cette rencontre explosive où toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.

Dans un magnifique décor signé Juliette Azzopardi éclairé par Denis Schlepp, se prolongeant sur une belle vallée animée par Mathias Delfau, nous observons deux loups prêts à se sauter à la gorge,

dans un combat féroce arbitré par la déterminée Charmian qui ne perd pas son objectif de sauver son mari de la déchéance dans laquelle il plonge inexorablement.

Chacun ayant vécu des expériences brutales, dans une souffrance difficilement descriptible, qu’on se demande s’ils vont pouvoir s’entendre, ne serait-ce que sur un point : sauver Jacob.

Des moments intenses dans les dialogues qui évoquent avec clairvoyance outre le sujet de l’addiction à l’alcool,

parfaitement représenté par Amaury de Crayencour dans une scène criante de vérité, des sujets sur la peine de mort à laquelle on peut lier la violence policière sans oublier la place de la femme dans la société. Les messages passent…

Ed Morell après réflexion comprend ce que pourrait lui apporter la notoriété de Jack London, et ce dernier qui tient à sa réputation, ne serait-ce que pour remplir son compte en banque, voit dans cette rencontre une opportunité de rester en communion avec ses lecteurs.

Naîtra de cet affrontement le dernier roman de Jack London « Le vagabond des étoiles » qui déclenchera une réforme du système judiciaire américain, dont Charmian sera le témoin actif.

Benoit Solès s’est fait plaisir avec sa deuxième pièce et nous fait plaisir, notre attention est captée, par cette rencontre imaginée, jusqu’à la dernière réplique.

Ils apportent tous les trois avec leurs regards, leurs sensibilités, l’émotion, la retenue, nécessaires à la réussite de ce moment de communion intense avec le public.

Tristan Petitgirard complice de longue date avec ce trio magique a su leur donner le cap vers la quête de la simplicité, de l’humanité,  pour aborder leur histoire en toute lucidité.

Un voyage, une évasion à ne pas manquer !

 

« La maison du Loup » au théâtre du Chêne Noir, jusqu’au 31 juillet à 14h30.

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