13 Novembre 2024
« L’amour chez les autres » une comédie grinçante d’Alan Ayckbourn dans une mise en scène de Ladislas Chollat sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz, un évènement Entractes Organisations, est une pure folie de diablerie où le rire prend inexorablement son envol sur des répliques qui font mouche à chaque fois.
Alan Ayckbourn, anobli par la reine Elisabeth II, est un auteur de plusieurs dizaines de comédies, qui marqué par le divorce de ses parents à l’aube de son adolescence tirera partie de cette épreuve pour en faire son cheval de bataille dans ses créations, lui-même ensuite enrôlé dans les affres de la séparation.
L’amour chez les autres, créée en 1969 sous le titre How the other half loves, est une comédie digne d’un Feydeau ou d’un Goldoni (comparé à un Molière italien), pour leurs répliques, leurs situations, leur noirceur, leur dissection des relations humaines, du couple : un cocktail explosif comique, un volcan qui ne demande qu’à entrer en irruption. Une mayonnaise qui monte lentement mais sûrement avec de très bons ingrédients comme ses comédiens et sa mise en scène millimétrée, sans jamais retomber.
Une comédie, une farce qui ne vieillit pas, que j’ai vue en 2005 sur la scène du théâtre Marigny sous le titre Les uns chez les autres adaptée et mise en scène par Gildas Bourdet, avec un certain Laurent Laffite dans le rôle de Bob Philips repris aujourd’hui par Arié Elmaleh.
Trois couples (les Foster, Philips, et Chestnutt), dont les hommes travaillent dans la même entreprise, mais de conditions sociales différentes, se retrouvent coincés dans la palette de l’adultère tout en lorgnant sur une promotion qui pourrait bien remettre en question leurs vies, à part bien sûr celui qui mène la danse, qui joue aux quilles en étant le patron ! Hiérarchie quand tu nous tiens, tu peux nous faire faire n’importe quoi, et si par-dessus le marché la femme du patron oublie l’anniversaire de mariage dans les bras d’un subalterne, vous aurez compris que la situation devient de plus en plus compliquée et explosive !
L’alcool aidant tout ce petit monde va s’inviter à dîner (dans un décor très astucieux d’Emmanuelle Roy où tout le monde s’entrecroise sans se voir, éclairé élégamment par Alban Sauvé) pour essayer tant bien que mal de s’entraider afin de remettre dans le droit chemin tous ces protagonistes en mal de reconnaissance. Mais malheureusement les alibis s’effondrent, les quiproquos se multiplient et les assiettes, les tasses de thé volent en éclats dans un tourbillon de rires.
Dans une adaptation ciselée de Marie-Julie Baup, les situations plus cocasses les unes que les autres, distillées par des répliques qui touchent au plus juste le cœur de cible de ces rencontres, partent semble-t-il d’un bon sentiment tout en dépeignant une satire sociale : les fins de mois difficiles, l’élévation dans le monde du travail, l’indépendance de la femme au foyer, la maternité paralysante…
Alan Ayckbourn aime jouer aves les différences : la culture opposée au sentiment, au vocabulaire. Une philosophie effrayante qui déclare la guerre à la bêtise, dans une absurdité extrêmement contrôlée.
Un chassé-croisé très bien orchestré, qui va crescendo par la mise en scène au cordeau de Ladislas Chollat, assisté par Eric Supply et soutenue par la musique de Frédéric Norel. Une mise en scène qui ne laisse place à aucune improvisation, ni trou du comédien. Un metteur en scène qui aime se fondre dans la précision du détail, dans une dynamique brillante de justesse.
Trois couples habillés joyeusement par Jean-Daniel Vuillermoz vont se déchirer, s’aimer, se réconcilier. Trois couples interprétés magistralement par des comédiens au mieux de leur forme, investis pleinement dans une dynamique de comique vaudevillesque domestiquée, avec en tête, hiérarchie oblige, la pétillante Virginie Hocq et le roublard au regard malicieux R. Jonathan Lambert (les Foster) suivis de l’attachante Julie Delarme et de l’amoureux transi Arié Elmaleh (les Philips), ponctués par le couple atypique constitué par la discrète et hilarante Sophie Bouilloux accompagnée de son lunaire de mari Andy Cocq (les Chestnutt).
Une ouverture de saison tonitruante, d’Entractes Organisations (www.entractes-organisations.com) dirigé par Olivier Barnèche qui nous laisse entrevoir d’autres belles surprises, avec L’amour chez les autres, une comédie percutante qu’il faut voir pour le plaisir…de se reconnaître parfois dans ce tourbillon de situations pleines de folie : une comédie qui donne la pêche !
« L’amour chez les autres » sur la scène du théâtre La gare du midi, un évènement Entractes Organisations. A vos agendas : Le Touquet le 15 novembre, Marignane le 30 novembre, Montpellier le 01 décembre…
vue le 121124