15 Février 2025
« Le lac des cygnes » un ballet chorégraphié par Fábio Lopez, directeur artistique de la Compagnie Illicite de Bayonne, sur une musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski, sur la scène de la Salle Lauga à Bayonne, est une merveille aérienne de douceur et de sensualité.
Un ballet tant de fois remanié, créé en 1877 : une légende allemande qui traverse les siècles où Odette et Odile, le cygne blanc et le cygne noir, se partagent les faveurs d’un baron et d’un prince : Le yin et le yang dans des miroirs inversés au romantisme exacerbé. Une musique symphonique reconnaissable entre toutes dans des versions cinématographiques, comme dans le célèbre Swan Lake, ou sur toutes les scènes des opéras dont la célèbre chorégraphie de Rudolf Noureev. Un compositeur comblé qui produira ensuite les musiques emblématiques de La Belle au bois dormant (chorégraphié par Fábio Lopez en 2022) et de Casse-Noisette.
Fábio Lopez s’est attaqué à du lourd pour fêter le dixième anniversaire de sa Compagnie Illicite basée à Bayonne, et le résultat est éblouissant : tant de beauté, de justesse, d'émotions dans l’interprétation de ses danseurs.
Dans un prologue court mais qui en dit long sur l’intention du chorégraphe, accueillie par la musique mystérieuse de Tchaïkovski, l’amoureuse du baron Von Rotbarth meurt accidentellement dans sa chute depuis un rocher pour finir dans le lac qui borde son château.
Ivre de douleur et afin que cela ne se reproduise plus, de ses pouvoirs magiques, il jette un sort sur les membres de sa cour qui se transforment en cygnes plus beaux les uns que les autres…dans une blancheur à la pureté inaccessible.
La vie au château n’est plus que routine et désœuvrement. En parallèle le prince Siegfried sur l’injonction de sa mère doit trouver une épouse…son destin semble scellé…mais l’amour avec un grand A étant son cheval de bataille, il fuit dans la forêt et oh surprise un magnifique cygne blanc lui fait une parade qui l’ensorcelle : dans une évidence, elle est l’élue de son cœur ! Cygne ou femme selon les heures de la journée, le prince ne sait plus où donner de la tête, son cœur bat la chamade pour…Odette.
La suite vous la connaissez un combat va se profiler au fur et à mesure de la progression de l’intrigue entre le baron et le prince. Qui en sortira vainqueur si ce n’est l’Amour, le sortilège sera-t-il brisé ? L’un ne doit-il pas mourir si l’autre veut voir son vœu exaucer, celui de conquérir pour la vie le cœur de sa bien-aimée.
Le blanc et le noir se conjuguent à merveille dans des pas de deux mouvementés, sensuels, gracieux. Des sauts, des éventails en folie, des jetés, des portés ivres de bonheur que l’on ressent dans l’interprétation des danseurs de la compagnie, accompagnés par les effets visuels d’un décor sobre mais lumineux d’Enki Bilal et Hugo Germain. Les costumes d’Olivier Bériot et Fábio Lopez donnent un éclat coquin, mis en valeur par les lumières de Christian Grossard.
Dans une chorégraphie néoclassique très actuelle Fábio Lopez aidé dans la dramaturgie par Claire Poirson fait fi des tutus ; allant encore plus loin dans sa composition théâtrale, il donne le rôle des cygnes aussi bien à des danseuses qu’à des danseurs. De plus, il incorpore dans son ballet les sublimes voix de Natalia Petrozhitskaya, Dimitri Zuev, Antonia Kadobnova dans Tears ou encore dans un admirable andante les voix de Tamara Milashkina et Evgeny Raikov, donnant un relief particulier au solo du cygne et au pas de deux, une dramaturgie colorée du plus bel effet. De cette façon, dans une exigence assumée, il déploie les ailes de ses cygnes dans une ouverture magistrale qui se veut d’atteindre un plus large public.
Alessandra De Maria dans le rôle d’Odette et David Claisse dans celui du prince Siegfried donnent toute la puissance de la vision de Fabio Lopez dans ce ballet qui se veut ouvert sur le monde. Gaël Alamargot dans le rôle du baron Von Rotbarth révèle toute son intensité dramaturgique. Salomé Goualle, Florian Carer, Javier Casado Suarez, Jeanne Berdalle, Manon Pedeboscq, Nina Pham, Thomas Donat, Viviana Costa et Joana Rodrigues forment ce corps de ballet des cygnes heureux de donner vie à cette chorégraphie à la modernité enthousiasmante.
Une compagnie qui confirme sa virtuosité jusqu’au bout des pointes et des doigts, prolongements de bras et de mains aériennes, dans une très belle unité d’exécution en s’emparant de l’histoire de ces cygnes éperdus d’amour.
« Le lac des cygnes » un ballet chorégraphié par Fábio Lopez sur la scène de la Salle Lauga à Bayonne. Vu le 150225 crédit photos @stéphane Bellocq