2 Avril 2025
« Un tramway nommé désir » de Tennessee Williams dans une traduction d’Isabelle Famchon et une mise en scène de Pauline Susini, sur la scène du théâtre La gare du midi à Biarritz, une programmation Entractes Organisations, est un voyage dans la complexité des relations humaines où parfois la folie s’immisce dans le désir…
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Une pièce, lauréate en 1947 du prix Pulitzer, dont tout à chacun a entendu parler ou plus précisément l’adaptation cinématographique par Elia Kazan avec dans les principaux rôles Vivien Leigh et Marlon Brando, tout jeune débutant.
Un léger brouillard, avec en bruit de fond la circulation d’un tramway, nous fait patienter avant l’arrivée station « Champs-Elysées » de Blanche Dubois, un clin d’œil à notre héroïne d’origine française. Elle débarque avec sa valise dans le modeste appartement de sa sœur Stella mariée à Stanley Kowalski, ouvrier d’origine polonaise de son état, tous deux absents pour cause d’une partie de bowling.
Dans une exubérance cynique, l’alcool aidant, elle patiente jusqu’à l’arrivée de sa sœur et de son mari Stanley qui ne voit pas d’un bon œil l’arrivée de sa belle sœur. Surtout que cette dernière confie qu’elle est ruinée (perte de la maison familiale Belle Rêve), par la même occasion sa sœur…
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Les tensions ne feront que grossir et Blanche s’enfonce avec ses démons tout doucement dans son monde imaginaire grisée par la folie du désir sous toutes ses formes. Entretemps elle aura fait la connaissance de Mitch, dont elle tombe amoureuse, et qui pourrait bien être son rédempteur. Un homme à la sensibilité à fleur de peau rendu parfaitement par le jeu très juste, subtil de Lionel Abelanski. Son chapelet de mensonges confronté à la brutalité bestiale de Stanley, augmentée par les conflits sociaux, que tout oppose, ne fera que la détacher de la réalité de ce monde où la désillusion ne fera qu’accentuer sa fragilité de vivre à la recherche de l’amour. Désillusion déjà affirmée par le suicide de son mari, complétée par la découverte de son homosexualité. D’ailleurs on l’entendra fredonner à plusieurs reprises « Over the rainbow », un air pas si anodin que cela…des rêves qui malheureusement ne se matérialiseront pas en réalité.
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Le coup d’arrêt à ses rêves viendra d’un mensonge sur son passé professoral qui mettra Mitch hors de lui, consommant ainsi une rupture dévastatrice ; tandis que Stanley, devenu père, « auteur » de cette rupture essaiera tant bien que mal de réparer le mal qu’il aura induit : sauvera-t-il son mariage ? Stanley : une brute épaisse, un être primaire porté sur l’alcool dont la dualité avec son désir d’ascension sociale est très bien personnifiée par Benjamin Gazzeri Guillet.
Des thèmes d’actualité dans cette pièce qui ne vieillit pas : la violence faite aux femmes dont la conjugale, la place du vieillissement dans la société, le choc des cultures et valeurs, mettant en lumière la fragilité des rêves et des aspirations.
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Beaucoup de violences dans ce monde cruel, qui ne laisse pas de place aux faibles, mises en évidence par la mise en scène de Pauline Susini. Assistée de Grétel Delattre, dans une délicate magie elle place le curseur, du chaos de la vie, de la folie, de ces âmes tourmentées, sur une montée progressive dont la puissance prendra son essor lors de la scène finale. La scénographie de James Brandily et les lumières de César Godefroy accentuent l’atmosphère de sensibilité voulue par les dialogues d’Isabelle Famchon.
Alysson Paradis dans le rôle de Stella donne de l’éclat, avec beaucoup de sensibilité, à cette femme au cœur du sujet actuel de la violence faite aux femmes privées de leur liberté.
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Cristiana Reali incarne avec conviction et fragilité cette Blanche à la recherche de ses désirs. Elle est lumineuse dans cet univers où la séduction côtoie la folie. Elle navigue brillamment sur les eaux de ce fleuve où les turbulences marquent nos esprits.
Maire-Pierre Nouveau dans le rôle d’Eunice, Djibril Pavadé dans celui de Steve et Tanguy Malaterre dans celui de Pablo, sont les amis du couple Stella/Stanley, ils complètent judicieusement et adroitement la distribution très équilibrée de cette pièce qui a couronné du Molière de la Comédienne Cristiana Reali.
« Un tramway nommé désir » sur la scène du théâtre de La gare du midi à Biarritz, une programmation Entractes Organisations, une production Arts Live Entertainment. Vu le 020425 Prochaines représentations : le 05 avril à Lyon, le 10 avril à Arcachon, le 23 avril à Roubaix et le 27 avril à Tours.