9 Juillet 2025
« Les feluettes » de Michel Marc Bouchard dans une mise en scène d’Olivier Sanquer sur la scène du Théâtre des Corps Saints est une descente vertigineuse dans les abîmes d’un amour trahi, évaporé dans des relations familiales tourmentées.
Sous le regard d’un Christ mis en lumière jusqu’à la scène finale, c'est accompagnés d’une musique à la sonorité frappante, porteuse de mystère, que des hommes aux masques déterminés, pied-nus et en marcel blanc, à la virginité prometteuse de messages d’espoir, s’impatientent de l’arrivée des spectateurs afin de leur jouer dans une répétition mouvementée Le martyre de Saint Sébastien : pièce maîtresse d’une histoire d’amour entre le comte Vallier de Tilly et Simon Doucet. Une vision sadomasochiste sous-jacente pour exprimer un amour interdit, du théâtre dans le théâtre, de la souffrance dans la souffrance.
Nous sommes au Canada, en 1952, un groupe de détenus s’est réuni afin de revivre, dans une répétition théâtrale, un drame qui fit condamner injustement, en 1912, Simon Doucet élève alors du Collège Saint-Sébastien de Roberval. Ils décident de se remémorer ces moments tragiques, afin de faire éclater la vérité, en séquestrant à leur répétition du martyre de Saint Sébastien, Monseigneur Bilodeau.
C’est dans un ballet de flash-back intelligemment orchestré par Olivier Sanquer, dans une mise en scène sobre et épurée accentuée par le jeu des lumières de Rudy Sanguino, que nous allons découvrir au fil de la mémoire de ces hommes, le drame qui s’est déroulé en 1912 sous les yeux d’une jeunesse avide de vie, d’insouciance, d’amour.
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C’est au fil des répétitions du martyre de Saint Sébastien que naît un amour interdit entre les deux jeunes collégiens, un amour interdit par la morale, par l’église, une homosexualité porteuse de maladie psychiatrique : image centrale d’un drame romantique dans un autre drame romantique !
Le comte Vallier, la fluette, dont la fragilité se marie avec Simon, à la beauté désirable, dans un refoulement de son homosexualité.
Dans les souvenirs de Simon se met en place une répétition qui n’a pour seul but que de faire avouer à Monseigneur Bilodeau les véritables circonstances de la mort tragique du jeune comte de Vallier de Tilly, son amour sacrifié sur l’autel du rejet, du refoulement, dans un monde hétérocentrique.
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Gravitent autour de Vallier, jeune aristocrate français ruiné, exilé avec sa mère et abandonné par son père et de Simon Doucet, tous les personnages témoins du drame, à savoir la comtesse Vallier de Tilly, le père Saint-Michel, metteur en scène du martyre de Saint Sébastien, un jeune étudiant, Jean Bilodeau (devenu Monseigneur Bilodeau), Timothée Doucet, père de Simon, Mademoiselle Lydie-Anne de Rozier, fiancée de Simon, la baronne de Hüe : dans une folie collective, tour à tour des victimes ou des bourreaux.
Une tension dramatique intense qui met en valeur le symbole de leur amour dans un sacrifice ultime, un symbole devenu un mythe. Des scènes poignantes dans une sobriété d’exécution nous glacent le sang, comme celle de la lettre de Vallier avec sa mère qui tous deux pleurent l’absence d’un homme…
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Le couple Vallier et Simon (jeune), interprété par Axel Arnault et Amric Trudel est d’une beauté troublante, d’une justesse de ton et de gestes dans une densité émotionnelle remarquable. La volubile comtesse de Vallier est touchante dans son rôle de mère, Geoffroy Mathieu en rend toutes les nuances avec grâce. Dans la réserve, Cédric Luisier dans le rôle de l’évêque retranscrit toute la froideur et noirceur du personnage. Simon Guirriec, Maxime Peyron, Rafaël Dejonghe, Soufiane Bencherqui et Arnaud Goussebaïle complètent judicieusement cette distribution du collectif Nacéo, groupe de comédiens québécois.
Une comédie dramatique où l’on retient son souffle jusqu’au dénouement onirique, qui dans sa proposition provoque une émotion intense et bouleversante.
« Les feluettes » sur la scène du Théâtre des Corps Saints, du 05 au 26 juillet, à 20h50, remâche les mardis. Vue le 090725