10 Juillet 2025
« Still » de Lia Romeo dans une adaptation de Christian Siméon et une mise en scène d’Anne Bouvier sur la scène du Théâtre du chien qui fume : une femme, un homme, à la recherche d’un amour perdu…
Une atmosphère délicate d’un piano bar sous les notes de Philippe Kelly, et la douceur des lumières de Denis Koransky, accueille la présence dans le bar d’un hôtel d’une femme, Helen, venue sans trop savoir pourquoi au rendez-vous donné par Mark, son amant passé : trente années séparent leur dernière rencontre.
Qu’ont-ils à se dire ? Quelle confession ? Que sont-ils venus chercher lors de ce rendez-vous au bout de trente années de séparation, d’ignorance ?
Vêtue d’une belle robe rouge qui met avantageusement ses formes et d’une veste de cuir noir, portant comme accessoire un immense sac en cuir, Helen irradie par sa présence. On comprend tout de suite comment Mark, qui pressé pour la rencontrer passe devant elle sans dans un premier temps la reconnaitre, vouloir la revoir.
Ils se cherchent, ils se trouvent…
Un amour passé qui a un goût d’amertume, un de ce petit goût de nostalgie. Un amour dans cette Amérique profonde dont on connaît que trop ses travers, surtout depuis que Donald Trump en a repris les commandes.
Trente années les séparent, mais ils n’ont pas changé, toujours le même œil vif qui les unit, le même sourire qui les rapproche, la même complicité qui les rassemble. L’union charnelle ne pouvait être inévitable ; ils ont succombé…
Alors pourquoi ont-ils rompu ? Et trouver chacun de leur côté leur chemin de vie. Elle dans l’écriture de ses romans à succès tout en profitant de la vie : cinq romans en vingt-cinq ans. Lui en étant un célèbre avocat, comblé par ses deux filles mais qui vient de divorcer après vingt-neuf années de vie commune.
Est-ce la peur de finir seul sa vie qui l’a amené à vouloir la revoir, ou seraient-ce des secrets, des non-dits au fond de leurs mémoires qui nécessitent cette rencontre, des réponses.
Une Amérique fragmentée à laquelle dans des dialogues vifs, acerbes, rien n’est épargné de sa grandeur et de sa décadence. Des sujets qui aujourd’hui font encore conflit entre les républicains et les démocrates, comme l’avortement ou l’homosexualité avec son mariage gay.
Ils ont tous les deux passé la soixantaine avec son lot de petites misères, la maladie en fait naturellement partie. Comment l’évoquer sans froisser l’autre, sans le mettre dans l’embarras ? La vie n’est-elle pas faite de compromis ?
Un dialogue qui parfois tourne dans l’incompréhension. Une femme libre de ses actes et de ses pensées qui ne veut pas d’un carcan d’une relation exclusive et d’un homme qui ne souhaite qu’une chose, remettre le couvert, rattraper les années perdues.
Ce rendez-vous ne serait-il pas l’occasion d’un règlement de compte ?
Dans un épilogue où toutes les possibilités restent à construire, nous restons sous le charme inconditionnel de ce face à face à la complicité électrisante : entre émotion, hésitation et fragilité nos cœurs balancent : chronique d’un retour annoncé, d’une réconciliation ?
Dans cette Amérique écartelée, la distance les sépare mais l’envie les rapproche…
Anne Bouvier dans toute sa sensibilité et sa délicatesse signe une mise en scène où le désir côtoie l’éloignement, à fleur de peau elle met en exergue les sentiments, les troubles de ces deux écorchés vifs : un vrai travail d’orfèvre.
Florence Pernel illumine la scène avec son sourire ravageur tout comme elle manifeste sa rage de vivre, son dégoût avec son expression de lionne combattive. Bernard Malaka, en homme de pouvoir incarne cette vision masculine à la fois attendrissante et repoussante. Ils forment un duo, un couple des plus crédibles, à la beauté incandescente.
Cette pièce est un véritable coup de cœur, une pépite à ne manquer sous aucun prétexte.
« Still » sur la scène du Théâtre du chien qui fume, à 18h30, du 05 au 26 juillet, relâche les mercredis Vue le 100725