12 Mars 2026
« Les Téméraires » de Julien Delpech et Alexandre Foulon, dans une mise en scène de Charlotte Matzneff sur la scène du théâtre La Gare du Midi, événement proposé par Les Amis du Théâtre de la Côte Basque, est une vision éclairée de deux univers qui s’entrechoquent pour une noble cause : la littérature et le cinéma.
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L’action commence en 1899. L’affaire Dreyfus est au centre de cette histoire qui, via nos auteurs bien inspirés, nous en dévoile un pan passé sous silence : celui de la juxtaposition entre la littérature, représentée par Émile Zola avec son célèbre « J’accuse », paru dans le journal L’Aurore, et Georges Méliès avec son film dénonçant un scandale d’État, un film de onze minutes en onze tableaux.
Une plume et une caméra au service de la même cause qui donnent ainsi, dans leur conjugaison, un peu de légèreté à la gravité du propos.
Nous pourrions nous poser la question : quel est le rôle de « l’artiste » face à l’injustice ?
Des « téméraires » qui prennent des risques inconsidérés ?
Pour mémoire, le capitaine Alfred Dreyfus, juif d’origine alsacienne, a été, en 1894, condamné et dégradé pour haute trahison pour avoir soi-disant livré à l’ennemi prussien des documents classés secret-défense. Il fut ensuite transféré au bagne de l’île du Diable, en Guyane.
Cette affaire serait-elle une erreur judiciaire ou un complot ?
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Deux camps s’opposent farouchement : les dreyfusards et les antidreyfusards, comme le montre l’une des premières scènes.
Dans une actualité brûlante, où l’antisémitisme est malheureusement toujours présent dans notre société, c’est avec gravité et humour que Julien Delpech et Alexandre Foulon ont ciselé des dialogues percutants et touchants pour retracer cette affaire.
Le décor modulable d’Antoine Milian, éclairé habilement par Moïse Hill, centré sur un meuble imposant, prolongement d’un piano aux notes révélatrices d’états d’âme, donnera tour à tour la configuration d’un café, du bureau d’Émile Zola, d’un quai de gare, d’un studio de cinéma et de bien d’autres lieux utiles à l’action de la pièce, qui, au final, nous bouleversera dans une réflexion intime.
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Un décor qui permet à Charlotte Matzneff, assistée de Manoulia Jeanne, de mettre en exergue tout son génie de la mise en scène. Avec astuce et dextérité, dans un rythme et une fluidité qui sont sa marque de fabrique, elles enchaînent les scènes dans une harmonie qui procure un éclat au texte et donne aux comédiens une puissance de jeu confondante, le tout dans une choralité admirable. Sans oublier la musique expressive de Mehdi Bourayou, lien indispensable de sa mise en scène, et les costumes de précieuses circonstances de Corinne Rossi.
Une histoire, une fresque historique retracée pas à pas qui met en évidence, avec du recul, la manipulation de l’opinion (toujours d’actualité) et toutes les incohérences de cette condamnation, l’enfermement dans le déni de la Grande Muette pour sauver la face au péril de la vie d’un innocent.
Une scène finale poignante qui marquera les esprits : « La vérité est en marche, rien ne l’arrêtera ! »
L’antisémitisme : rien n’est gagné ; chaque jour, sur le métier, ton ouvrage tu remettras.
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Romain Lagarde, dans le rôle de Zola, donne dans son regard toute la puissance du personnage. Sandrine Seubille (Alexandrine) et Barbara Lamballais (Jeanne), la femme et la compagne de Zola, avec légèreté et gravité, « épaulent » Zola dans sa quête de vérité. Aurélien Hoover, dans celui de Georges Méliès, à la fantaisie et à l’énergie communicative, complète ce quatuor saisissant.
Arnaud Allain, Armance Galpin et Thibault Sommain complètent cette distribution. Ils sont remarquables de souplesse et de justesse dans leurs rôles.
Sept comédiens chevronnés qui donnent, dans un dynamisme accompli, l’illusion de voir vingt-six personnages raconter avec ferveur cette terrible histoire qui hante encore de nos jours nos esprits.
Une pièce entre divertissement et outil de réflexion politique : avoir le courage d’en parler, de défendre ses convictions !
« Les Téméraires », sur la scène du théâtre La Gare du Midi : une programmation des Amis du Théâtre de la Côte Basque, une production du Grenier de Babouchka.
Vus le 12/03/26.