3 Avril 2026
« La famille », écrite et mise en scène par Samuel Benchetrit, sur la scène du théâtre La Gare du Midi à Biarritz, une programmation Entractes Organisations, aborde un thème d’inspiration indéfectible, inépuisable et universel : ce soir, nous assistons à une variation pimentée, Pays basque oblige.
La famille, c’est là où la vie commence et où l’amour ne finit jamais.
Dans un décor bien pensé d’Emmanuelle Roy, quelque peu défraîchi, mis en lumière par Laurent Béal, où Cloclo se fait entendre sur une chaîne hi-fi d’un autre temps et où un panier pour chien et un aquarium sont désespérément vides, Jackie Berroyer, le père, avachi sur son fauteuil, face au public, regarde un documentaire sur le criquet pèlerin en attendant l’arrivée de ses deux fils. Un insecte de la nuit des temps, le plus dangereux au monde : le ton est donné !
Claire Nadeau, la mère, quant à elle, tout en débitant des banalités, sent l’arrivée de ses fils et s’impatiente de les retrouver.
Le dîner est prêt, mais l’orage qui se prépare se révèle dans une ambiance électrisante.
Car dans toute réunion de famille, les rivalités fraternelles, la manifestation des non-dits ou encore l’explosion des tensions enfouies sont monnaie courante. Qui n’a pas vécu ce genre de situation ?
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L’arrivée de Jérôme, le fils cadet à qui tout a réussi, avocat de son état, accompagné de sa femme Alice à l’accent charmant, et de Max, le mauvais garçon à la recherche de son destin, ne fera pas exception à la règle.
Seulement voilà : l’un a besoin de l’autre, un besoin vital qui va déclencher l’exhumation d’un catalogue de rancunes. Un déballage en règle, un règlement de comptes où l’abominable histoire du doudou sera de la partie. La scène simulant l’exposition de ce besoin vital est d’une drôlerie qui apaise la tension de cette tragi-comédie en puissance.
Qui dit conflit fraternel dit amour, jalousie, héritage affectif. Ils ont beau se détester depuis leur naissance, il subsiste, sous des tonnes de rancœurs, un filet d’amour — mais pas suffisant pour accéder à la demande de Jérôme : Max est inflexible, à moins que…
Doit-on aimer sa famille par obligation ? Que ferions-nous dans cette situation ?
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Dans des dialogues vifs et incisifs, à la joute verbale jouissive, les deux frères s’en donnent à cœur joie. Patrick Timsit, rancunier, et François-Xavier Demaison, provocateur, sont royaux de justesse dans leur combat de coqs. Ils y vont de leurs plaidoyers très argumentés, en passant par le Tibet et l’ascension de l’Himalaya, naviguant entre émotions et humour.
Comme dirait Luigi Pirandello : « À chacun sa vérité ! »
Et même si la mère, d’une façon péremptoire, affirme à Max qu’il faut aimer son frère Jérôme parce que c’est son frère, le résultat escompté est loin d’être acquis.
Un combat de coqs, certes, mais le trio — belle-fille, mère, père — qui assiste à cette bisbille hargneuse n’en est pas moins actif.
Ils manifestent, dans leurs plaidoiries respectives à la sensibilité à fleur de peau, une étonnante et émouvante défense de leur mari ou de leur fils. L’amour d’une mère est indestructible.
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Kate Moran, Claire Nadeau et Jackie Berroyer, habillés par Charlotte Betaillole, forment un équilibre des plus subtils. Ils apportent une fraîcheur, un souffle réconfortant à cet enchevêtrement de querelles puériles. Ils sont le rayon de soleil qui surgit au milieu de cet orage en voie d’extinction.
Samuel Benchetrit, assisté de Lili Franck, se laisse porter, dans sa mise en scène, par le jeu remarquable de ses comédiens. Il maîtrise la montée crescendo de la dramatique jusqu’au feu d’artifice final !
« La famille », sur la scène du théâtre La Gare du Midi à Biarritz, une programmation Entractes Organisations, une tournée Pascal Legros Organisation.
crédit photos : © Jean-Baptiste Mondino © Cyril Bruneau
Vue le 03/04/26.