Mademoiselle Molière

Ravel estimait que la musique doit être en premier lieu émotionnelle et ensuite seulement intellectuelle…qu’en est-il du théâtre ? Le théâtre n’est-il pas lui non plus une belle musique jouée par les comédiens, surtout dans le cas présent aux notes de Lully mises en valeur par Mehdi Bourayou.
C’est le sentiment que j’ai éprouvé avec ce « Mademoiselle Molière » de Gérard Savoisien, un texte savoureux et ciselé à la virgule, aux multiples bons mots qui font mouche dans le public. Un travail de fine dentelle que n’aurait pas renié Molière dans une mise en scène brillante de Arnaud Denis.
Une pièce historique qui ne sent pas la poussière !

Mademoiselle Molière

« Mademoiselle » que l’on ne verra pas mais qui est au cœur de cette passe d’armes, ce combat de personnalité que le manque d’Amour sépare.
Tout commence comme de simples échanges de la vie quotidienne dans les coulisses d’un théâtre. Les décors astucieux de Erwan Creff nous permettront tour à tour de pénétrer par la petite porte de leur domicile, du château de Vaux-le-Vicomte, leur théâtre avec son public.
Christophe de Mareuil qui interprète Jean-Baptiste Poquelin dit Molière est d’abord un homme et à ce titre éprouve toutes les difficultés à communiquer sur ses sentiments au contraire d’Anne Bouvier qui interprète Madeleine Béjart et qui comme toutes les femmes sent les choses et a besoin de les verbaliser.
Mais une fois que l’homme, Molière, a exprimé son sentiment, ce qui lui posait problème, pour lui c’est fait et on ne revient plus dessus ; à contrario de la femme, Madeleine, qui à besoin de mots pour comprendre même si elle feint la première fois de ne pas entendre afin que l’homme s’exprime d’avantage, pour qu’il aille au fond de ses retranchements : comment effacer vingt années de complicité, d’amour, de passion, de vie commune, de joie, de bonheur, de malheur, d’épreuves en une phrase !?
Madeleine essaye par tous les moyens de sauver son amour, mais y parviendra-t-elle ?
Comment luter contre la jeunesse, la beauté, l’appel de la chair fraîche pour parler crûment ?
Mais aussi pourquoi ne pas croire Molière, à sa sincérité, quand il dit être pris par les vertiges de l’Amour qui se nomment Armande…la fille de Madeleine ?

Leur amour fut beau, a vécu et coule comme la seine sous les ponts, inexorablement, et ne reviendra pas.

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Anne Bouvier, tout en finesse, dès la première scène prend le public par la main et ne la lâchera plus jusqu’à la fin ; elle irradie, illumine la scène, même dans sa scène de révolte, de souffrance poussée au paroxysme elle est la Comédienne !

Quand à Christophe de Mareuil il est Molière, l’homme dans toute sa splendeur : l’auteur, l’écrivain. A tel point qu’au début j’ai eu très peur entre leur décalage de jeux mais je pense, que ce parti pris de la mise en scène donne toute la signification, la puissance à leur confrontation.

Mademoiselle Molière : au Lucernaire jusqu’au 04 novembre, du mardi au vendredi à 20h et le dimanche à 17h.

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