Signé Dumas

« Commencer par l’intérêt plutôt que par l’ennui ; commencer par l’action au lieu de commencer par la préparation. » Signé Dumas…Alexandre de son prénom et père de son état.

 

Dans cette citation mise en exergue par Tristan Petitgirard, le metteur en scène de la pièce, tout est dit !
Cette philosophie de vie de Dumas, verbalisée par Cyril Gély et Eric Rouquette, va nous tenir en haleine avec des dialogues savoureux pendant 1h30, dialogues qui pourraient être revendiqués par Dumas lui-même.
Xavier Lemaire est un Alexandre Dumas plus vrai que nature, Davy Sardou est un Auguste Maquet tout en justesse et Thomas Sagols est un gavroche/maréchal des logis à la gouaille malicieuse.

signé dumas 2Dans ce très beau décor d’Olivier Prost, au commencement de cette intrigue, après une brève introduction de gavroche, la vie s’écoule « paisiblement » aux sons d’un Dumas, à la renommée internationale, qui laisse poindre un ego démesuré.
En face de lui, Maquet assis derrière son bureau, lieu de toutes les créations, habitué à ses incartades, relève le bout de son nez pour coucher sur le papier les instructions dictées du maître.

Mais bien vite, l’orage pointe le bout de son nez, le beau ciel bleu s’obscurcit : nous sommes le 24 février 1848.
Cette date n’a pas été choisie au hasard par les auteurs, judicieusement elle permet de placer l’intrigue au cœur d’un combat, d’une joute verbale dévastatrice entre les deux protagonistes.
C’est le jour de l’abdication de Louis-Philippe : Dumas est persuadé qu’une régence va être mise en place par son amie la duchesse d’Orléans alors que Maquet pense que cette « révolution » va être l’avènement de la république.

signé dumas 5S’ensuit alors un affrontement terrible entre Dumas et Maquet, ce dernier ne veut rien lâcher et refuse de satisfaire aux exigences de Dumas qui lui dicte un télégramme à transmettre au plus vite à la duchesse pour soutenir son action, qui lui permettrait pense-t-il de prétendre à un poste de ministre.

Tous les non-dits « s’expriment » au grand jour au risque de rompre leur précieuse collaboration.
Dumas pourrait-il exister sans Maquet et inversement ? Sont-ils liés à jamais par leurs esprits et leurs plumes ?
Ce moment historique, ce face à face, met en avant le problème qui subsiste encore aujourd’hui, celui de la paternité des œuvres : doit-on parler de nègre ou d’écrivain fantôme ? Un besoin de reconnaissance qui ne se partage pas.

Quand on cite Les trois mousquetaires, La reine Margot ou Le comte de Monté-Cristo, à qui pense-t-on ? forcément à Alexandre Dumas et non Auguste Maquet ; pourtant sans son érudition, sans sa collaboration, est-ce que ces romans auraient existé ?

 

Xavier Lemaire (que j’ai découvert dans son Zigzag et plus récemment dans son adaptation de Hamlet avec Grégori Baquet) à la puissance fait scène, de stature imposante, nous montre toutes les facettes d’un Dumas exubérant, attaché à sa renommée qui lui donne tous les droits même celui de rabaisser Maquet. Un Maquet à qui il doit tout si ce n’est beaucoup.
Sans relâche, il met au service de son personnage toute son énergie pour faire voler en éclat, au sens propre et figuré, les revendications bien légitimes de Maquet.

signé dumas 3
Davy Sardou (que j’ai apprécié dans L’affrontement, l’Hôtel des deux mondes et dernièrement dans La collection), pour sa part avec ses belles rouflaquettes, joue tout en retenue et un œil vif avant d’exploser devant la suffisance, la mauvaise foi de Dumas qu’il ne supporte plus et qui pourraient les conduire à leur perte. Son jeu est subtil, précis, à la démarche assurée attaquant ses pas du talon pour mieux ancrer son personnage face à une tornade nommée Xavier Lemaire alias Dumas.

SIGNE DUMAS (Tristan Petitgirard 2018)

 

Thomas Sagols tour à tour gavroche et maréchal des logis, ponctue avec délice les chapitres de ce duel.
Avec naturel et une timidité bien étudiée, il est celui par qui éclate l’affrontement.

 

 

 

signé dumas 1

Tristan Petitgirard qui signe la mise en scène, a su régler avec justesse le combat tonique des deux esprits complémentaires en mettant en avant les dialogues incisifs des auteurs. Et ce n’est pas chose facile de contrôler un « Dumas » qui lui-même est metteur en scène et qui a tendance à laisser déborder sa passion par des battements mal placés.

 

 

Signé Dumas : au Théâtre de la Bruyère du mardi au samedi à 21h et le samedi à 15h30.

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