La machine de Turing

La machine de Turing est une machine infernale dans laquelle Benoit Solès joue, pour sa première parisienne, sa partition avec brio sans aucune fausse note dans une mise en scène de Tristan Petitgirard, issu d’une famille de musiciens et cela se sent.
Sans oublier Amaury de Crayencour qui par ses différents rôles permet à Benoit Solès de nous glisser dans l’intimité d’Alan Turing, afin de comprendre toutes les complexités du personnage.

Le destin d’un être exceptionnel, d’un mathématicien de génie qui a su décrypter l’encodeuse « Enigma » des allemands pendant la seconde guerre mondiale, permettant ainsi de sauver des millions de personnes et d’un homosexuel rejeté par une société pudibonde : homosexualité tolérée hypocritement dans les milieux scientifiques et intellectuels britanniques.
Il ne faut pas oublier que jusqu’en 1967 l’homosexualité était un délit aux yeux de la justice britannique !

Roos : Savez-vous qu’au regard de la loi c’est une perversion, un crime ?
Turing : Le seul véritable crime, c’est la honte de soi et le conformisme.

Il aurait dû être traité comme un héros mais en contrepartie il n’y a eu de leur part qu’ingratitude même si en 2013 le reine Elisabeth II le graciera : nul n’est prophète dans son pays.

 

turing 8Benoit Solès a choisi de nous plonger dans la vie de Turing pendant l’hiver 1952, au moment où il va déposer plainte pour un cambriolage dans sa maison. Reçu par le sergent enquêteur Ross, joué par Amaury de Crayencour, son destin va basculer. Ce sergent ne saura pas trop sur quel pied danser avec cette personnalité hors du commun : était-il un espion à la solde de l’ennemi ? Un conspirateur ?turing 1

C’est le début d’une galère, un face à face éclairé qui le conduira jusqu’au suicide le 07 juin 1954 : il avait 41 ans.
Au travers de flash-back, de séquences formant un puzzle très réussi, très maîtrisé, nous comprenons les principaux événements qui l’on amené jusqu’à cette issue fatale :
– Sa rencontre avec Arnold Muray qui deviendra son amant dans une relation mouvementée, orageuse. Marqué à jamais par la disparition de son amour de jeunesse, son ami Christopher Morcom, il ira jusqu’au sacrifice de son aventure, de sa vie.
– Il choisira la castration chimique plutôt que la prison afin de lui permettre de continuer de travailler sur sa machine qu’il avait appelée « Christopher »…
– Son travail en compétition avec Hugh Alexander, champion britannique d’échecs, pour mettre au point le programme qui permit de décrypter Enigma, même si ce dernier le méprisait et reconnaissait son génie.

Une personnalité très complexe de ce marathonien (il courait seulement avec environ 10 minutes d’écart avec le champion olympique de l’époque) mise en valeur avec justesse par Benoit Solès ; une articulation parfaite permettant, en un clin d’œil quand il entre dans la peau de Turing, de bégayer avec conviction.

Aujourd’hui les vidéos dans le théâtre sont à la mode, mais celles de Mathias Delfau sont très réussies et apportent une vie à cette vie. Tristan Petitgirard a su s’entourer d’Artisans connaissant leurs métiers : un décor d’Olivier Prost fonctionnel souligné par des lumières de Denis Schlepp et des costumes de Virginie H. montrant le côté brouillon de Turing ; le tout harmonisé avec une musique de Romain Trouillet mettant en valeur les sons de la « machine » qui orchestra la vie de Turing.

Tristan Petitgirard, assisté d’Anne Plantey, signe une mise en scène fluide, rythmée, enchaînant les séquences du puzzle avec une musique légère, tonique, comme celle produite par les engrenages de la machine.

 

turing 7.jpgBenoit Solès (récemment dans « Rupture à domicile » écrite et mise en scène par Tristan Petitgirard) joue un Alan Turing plus vrai que nature, il met toute sa sensibilité au service du personnage, avec son œil rieur, son rire particulier. Il nous fait découvrir une partie de sa vie privée qui demeurait dans l’ombre.
Avec conviction, intensité, il met en valeur la complexité de Turing qui était plus à l’aise pour résoudre les équations mathématiques que dans les rapports humains.turing 6.jpg

Amaury de Crayencour (remarqué dans les séries télé avec le médecin et le gendre sexy mais notamment dans « Le porteur d’histoire » d’Alexis Michalik) avec la très bonne idée, le très bon choix de Benoit Solès, interprète les quatre rôles qui donnent la réplique à Turing, dont trois auront une présence significative dans sa vie. Il passe de l’un à l’autre avec aisance, avec son œil charmeur, sa voix des bas fonds et donne toutes les épaisseurs nécessaires à la crédibilité des personnages.

 

Oui cette pièce est une réussite, Benoit Solès a brillamment écrit le destin hors-norme d’un homme au destin incroyable.
Alan Turing choisira comme dans Blanche-Neige, le film de Walt Disney qu’il aura vu de nombreuses fois, de croquer la pomme…qu’il aura trempée dans du cyanure pour mettre fin à ses jours, pour aller vers cette délivrance, cette lumière et rejoindre son Christopher.
La salle était suspendue à ses lèvres jusqu’aux applaudissements fournis mettant fin à une belle histoire.
Vous l’aurez compris, un coup de cœur que je souhaite que vous partagiez.

« La machine de Turing » : au théâtre Michel, du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 16h.

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