Le Double

Le roman « Le Double » de Fiodor Dostoïevski, écrit à l’âge de 24 ans, adapté librement pour la première fois au théâtre et mise en scène par Ronan Rivière est une très belle réussite.

Dans un langage moderne, direct, loin des pièces de Tchekhov à la douce langueur, Ronan Rivière a su donner une impulsion mélodramatique qui convient parfaitement au jeu qu’il voulait insuffler à cette œuvre : « un conte drolatique et poétique sur la confusion ».

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Le héros Jacob Pétrovitch Goliadkine, paisible fonctionnaire de Pétersbourg, joué par Ronan Rivière voit un jour sa vie bouleversée, pour au final basculer dans la folie.
L’argent encore une fois domine le monde, l’apparence fait loi et Goliadkine n’y échappe pas, il se pare d’un bel uniforme agrémenté de belles bottes qu’il a fait achetées par son serviteur Pietrouchka joué par Michaël Giorno-Cohen et il devient la risée de son collègue Nicolaï Sémionovitch joué par Jérôme Rodriguez, lui qui est éperdument amoureux de Clara Olsoufievna jouée par Laura Chetrit qui est la fille de son supérieur hiérarchique, et l’on sait combien cette hiérarchie a de l’importance dans cette Russie, Olsoufi Ivanovitch joué par Jean-Benoït Terral.
Ne supportant pas cette risée, il revient habillé sobrement et…rencontre son double : Le Double, en tous points identiques à lui jusque dans les accessoires, joué par Antoine Prud’homme de la Boussinière.

Et c’est à partir de ce moment que sa folie prend forme, devient vivante et le consume petit peu à petit peu : Le double voudrait-il lui voler sa vie ?
Sommes-nous dans un rêve, un rêve fantastique ? Sommes-nous dans la réalité ?
Tout un travail philosophique que Goliadkine va mettre en mouvement jusqu’à se perdre : doit-il fuir ou doit-il combattre ?LE DOUBLE- Copyright Ben Dumas (10) - copie.jpg

Dans un décor d’Antoine Milian à la géométrie travaillée, modulable, pour esquisser les différents lieux de l’intrigue, aux couleurs évolutives, éclairé par Marc Augustin-Viguier, évolue cette comédie aux allures fantastiques, aux accents de poésie marqués, dans une musique de Léon Bailly à la fois classique et avant-gardiste qui ponctue les réflexions et jouée sur scène au piano par Olivier Mazal.
Les comédiens de la troupe « Voix des Plumes » habillés par Corinne Rossi sont tous habités par leurs rôles et donnent libre cours à leurs jeux, à leurs clowneries, à l’expression de leurs folies ou les joies, les émotions et les peines se mélangent et nous portent dans une confusion ou il est difficile d’en sortir indemne.

Il règne une belle complicité au sein de cette troupe et le « petit nouveau », Le Double, s’est admirablement intégré dans leur univers si particulier.
Antoine Prud’homme de la Boussinière est troublant par sa ressemblance physique avec Ronan Rivière, s’il n’y avait pas la différence de taille on aurait pu croire à un jeu fantastique dans le croisement de ces rôles.
Un élément dont Ronan Rivière tire profit dans sa mise en scène.

Un spectacle qui surprend, qui interroge, et qui ne laisse pas indifférent : du beau travail.

« Le Double » au Théâtre 14, du mardi au vendredi à 19h et le samedi à 20h30 jusqu’au 29 décembre (relâches les 23 et 25 décembre).

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